CHAPITRE LXXXIX
3oi
vacuer une portion du territoire occupée par ses Iroupes, et à neutraliser Breslau ; c’était son ultimatum. ‘
Les plénipotentiaires ennemis se retranchant toujours dans les limites de leurs instructions, on fut sur le point de rompre les conférences. Elles continuèrent le 2 juin fort avant dans la nuit. Les propositions de l’ennemi étaient encore fort éloignées de \ultimatum de Napoléon ; cependant Caulincourt les transmit comme un progrès , annonçant l’espoir qu’il espérait obtenir quelque chose de plus. En réponse à cette molle condescendance de son négociateur, Napoléon lui ordonna de rompre la négociation.
a II ne faut pas se dissimuler, écrivait-il , que cet armistice, tel que je le propose dans monultimatum, n’est pas honorable pour moi. Pourquoi, en effet, pour un armistice de six semaines , abandonner un pays de l’importance de Breslau? C’est moi qui abandonne tout, l’ennemi rien. L’ennemi voudrait-il m’humilier, en me chassant par un armistice, d’une viQe dans laquelle je suis entré par le résultat d’une bataille? Sa neutralisation c’est tout ce que l’honneur peut accorder.
«Dites-leur donc, en rompant, que c’est dans le seul désir de la paix que j’ai consenti à un armistice aussi désavantageux, et par pure cajolerie que j’ai consenti à abandonner la capitale de la Silésie; dites-
' Lettre de Berthier, Neumarck, du s juin.
3o2 empire. - — AN l8l3.
leur qu’avant huit jours je serai à Berlin. Quant au délai de l’armistice, le terme proposé est une insulte. Ne dirait-on pas que je suis dans une place assiégée, et comment souffrez-vous qu’on emploie • de pareilles termes vis-à-vis de vous? Je veux un armistice, mais je le veux en homme d’état, en souverain. Je veux négocier la paix et non la recevoir comme une capitulation. Les ennemis se trompent s'ils espèrent qu’il en sera autrement que par le passé. L’expérience leur a prouvé qu’ils s’étaient trompés constamment. Prévenez-les qu’ils seront battus à la prochaine bataille; que je resterai maître de Breslau, où j’aurai de bons cantcmnemens; que je resterai maître de Berlin; que j’ai avec moi' et derrière moi des forces telles que rien ne peut m’empêcher d’arriver de tous côtés sur l'Oder; que je ne fais aucun cas de tout Le terrain qu’ils me donnent, et que je comprends tiès bien que c’est moi qui donne tout; qu’enfin j’ai été jusqu’aux limites de ce que l’honneur me permettait de faire. ‘
Les aJliés restèrent imperturbables leur refus de VuUimatum de Napoléon. Caulincodrt attendait des ordres pour partir aussitôt qu’ils auraient reçu réponse à une lettre qu’il les avait engagés à écrire aux souverains. Les maréchaux avaient été prévenus de se tenir prêts à marcher le 4 au matin. Enfin la réponse des souverains arriva; ils consentaient l’ar-
‘ Lettre de Napoléon. Nenmarck, juin, six heures et demi da matin-