CHAPITRE XC
n’avait pas lieu , il comptait opérer dans- la direction de Berlin, et, dans les premiers jours de juillet, ordonner au général Yandamme de marcher avec deux divisions sur Magdebourg, et de là en avant de Wittenberg. Alors, avec le reste des troupes, le maréchal Davoust prenait l’ofFensive, et, après avoir laissé une garnison dans Hambourg, entrait dans le Mecklenbourg pour flanquer la gauche de l’armée. '
Pour punir les habitans de Hambourg de leur insurrection contre le régime français, et de leur empressement à appeler, à recevoir et à fêter l’ennemi, l’Empereur avait, le 7 mai, prescrit diverses mesures à Davoust j il y en ajouta d’autres. Ainsi, toutes les dépenses de la guerre, dans la 3a? division, excepté la solde , furent mises à la chaîne de cette division, au moyen de centimes de guerre perçus sur toutes les contributions. Une levée de sept mille chevaux fut ordonnée, payable sur la contribution de Hambourg. Cette ville et celle de Lubeck furent mises en état de siège; défense fut faite aux habitans de porter ou d’avoir chez eux des armes, sous peinç d’étre traduits à une commission militaire et puni$ de mort; il fut prescrit de faire une liste des absens dans la 3a* division miUtaire comprenant sept catégories et de séquestrer leurs biens.*
Des cinquimte millions de contribution imposés à
‘ Lettres de$ 6, 7, 10, i5, 16, 17, ïo, ag juin. ^ Décrets des 16 17 et 18 juin.
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1^ viUej tff9i^ 4eYâienjt être payés comptant, dix en bons de la viUe et di^^ en denrées , marebandises et autres fournitures en nature.
Joutes ces mesures de rigueur furent reprochées ensuite à Davoust. Il ne les imagina pas, et ne les exécuta même qu’avec modération, Ja liste des ab» sens était sans contredit l’opératipn la plus délicate; il en référa à l’empereur , qui lui donna carte blanche, et le laissa maître d’accorder une amnistie. Il la publia par un arrêté du a4 juillet, pour les faits d’insurrection , de rébellion et de désertion , et n’en excepta que vingt-huit individus.
L’Ëmpereur nomma le conseiller d’état Cbaban intendant des hnances de la 3a' division militaire. U mourut à Hambourg, estimé pour sa bonne et intègre administration.
Je 10 juin au matiu, Napoléon rentra à Dresde : U ■ yi re^t la xisite du roi dp Saxe , de l’envoyé dauois de Haas , dont toute la diplomatie eonemie avait essayé en vain d’empêcher le départ, enfin celle du général Bubna, qui revenait de Vienne, àt-peu-r près cooune U y était allé. L’établissement d’un conr grès, le lieu, l’époque de sa réunion, la question de l’alliance, U n’en savait absolument rien; en re? v^cbe,. toujours force paroles amicales. L’objet de son retour était d’apprendre que la médiation de l’Autriphe avait été acceptée par les cours de Russie et de Prusse, qu’il ne s’agissait plus ’de congrès, qu’on ne traiterait que par l’intermédiaire de sa cour; que, pour le moment, on se. bornerait à un ar-
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langement continental qui faciliterait la paix maritime. L’Angleterre n’était donc pas en cause; les démarches simulées de Weisseuberg n’avaient abouti à rien qu’à révéler les prétentions excessives du cabinet anglais. U n’admettait pas même les bases du traité de Lunéville, et les trouvait encore trop favorables à la France. ... ^ .
Continuer la discussion avec Bubna, sans pouvoirs, ignorant ou prétextant ignorance des dispo-sitionsdeson cabinet, c’était peine et temps perdus. On prit le parti de s’adresser directement à Metternich; il était en Bohême, à Gitschin , où l’empereur d’Autriche était. venu :avec son cabinet et une cour. Alors commença un échange de notes.
On chanta, le i3, dans toutes les églises un Te ilea/iri,'pour l’armistice; on. tira le canon, on illu-> mina par ordre : du bruit, |»s la moindre joie.
vËn supposant que l’Autriche eût été de bonne foi dans sa médiation , ce n’était pas la certitude de la paix; mais son attitude était tout hostile à la France. Elle rassemblait en Bohême des forces considérables; ses armeraens touchaient à leur fin; sa partialité pour les alliés perçait à travers toutes les démarches de ses envoyés, tous les actes de sa diplomatie. Des renforts arrivaient aux armées ennemies : à tout évènement , il fallait dmoc se préparer à la guerre. Le plan de Napoléon était aussi vaste que ses embarras étaient immenses. C’était sur la ligne de l’Elbe, dans toute son étendue, qu’il établissait l’armée française dej^tiis Dresde jusqu’à Hambourg,
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s’appuyant sur toutes les places intermédiaires/ Wiitenberg, Torgau, Magdebourg. Déjà il avait développé au maréchal Davoust son système pour la défense de Hambourg. Quant à celle de Dresde, dès qu’il y fut arrivé, il s’en occupa sans cesse; il regarda cette ville comme le pivot sur lequel il devait manœuvrer pour faire face à toutes les attaques. Les ennemis se développaient sur une circonférence dont il occupait le centre; les moindres communications s’allongeaient pour eux sur les contours qu’elles devaient suivre; et lui, quelques marches suffisaient pour se porter partout où sa présence et ses réserves seraient nécessaires. Il mit donc dans l’état le plus respectable de défense, Dresde, ses environs, et principalement les deux rives de l’Elbe aux débouchés de la Bohême. Des ordres furent donnés pour perfectionner les fortifications des autres places de l’Elbe, et celles d’Erfurt, entrepôt principal des approvisionnemens , et sur laquelle s’appuyait la ligne de communication avec la France.
En voyant Napoléon concentrer ses forces sur l’Elbe, ceux qui l’environnaient, et qui en avaient assez de la guerre, improuvèrent ses combinaisons. Par la Bohème, disaient-ils, les alliés tourneraient les positions de l’armée française et la prendraient à revers. Elle serait coupée de la France. Ils proposaient de rappeler tout ce qui était au-delà de l'Elbe, de réunir tous les corps détachés, de se retirer en masse sur la Saale, et de là sur le Rhin.
Ge système a trouvé beaucoup de partisans;
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quand les armes de la France ont été trahies par la l'ortune.
Mais par cette retraite, on abandonnait d’abord les garnisons de l’Oder et de la YistuJe, celles des forteresses de l’Elbe, si on y en laissait, ou bien ces places vides aux troupes alUées; on abandonnait les Danois, les Polonais, les Saxons, les Westphaliens, i la confédération du Rhin ; ensuite , on livrait l’Itabe, la Suisse, la Hollande; au prix de tant de sacrifices pour faire la paix, il est assez probable qu’on l’eùt obtenue; mais dans la vue de continuer la guerre, c’était militairement ime idée très contestable. Avec quatre cent mille hommes , depuis Amsterdam jusqu’à Bâle, dont il aurait fallu jeter le tiers ou la moitié dans les places de cette longue ligne, il n’en serait plus resté qu’environ deux cent cinquante mille en campagne pour combattre six cent mille alliés. Sur l’Elbe, au contraire , on leur opposait la totalité des forces de la France, on conservait son territoire intact, cm ne faisait pas la guerre à ses dépens. D’ailleurs la question n’était pas seulement dans l’abandon de tel ou tel pays, il s’agissait de la supériorité politique de la France ; y renoncer bénévolement, c’était abdiquer l’existence. Napoléon n’était-il pas dans une position plus hasardée sur les champs de bataille de Marengo, d’Austerlitz, de Wagram? Depuis Arcole, tous les pas qu’il avait faits dans la carrière n’étaient que des hardiesses de ce genre; en cela, il avait suivi lès plus illustres exemples,^ ceux d’Alexandre, d’Annibal, de César. Toutes lès
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raisons militaires et politiques se réunissaient pour , engager Napoléon à se soutenir sur la ligne del’Elbe.
A Dresde, il tenait un point central qui coupait les communications directes des armées alliées, et lui donnait les moyens de tirer parti de leurs fausses manœuvres pour les battre en détail.
Le plus grand danger pour Napoléon , il l’a signalé lui-méme; il voyait clairement arriver l’beure décisive; 1 étoile pâlissait , il sentait les rênes s’échapper. Un coup de tonnerre pouvait seul le sauver, car traiter, conclure, c’était se livrer en sot à l’ennemi; il ne restait donc qu’à combattre. Les < trahisons v commençaient à se glisser dans les rangs; la fatigue, le découragement gagnaient; ses lieutenans devenaient mous, gauches, maladroits, par conséquent malheureux. Ce n étaient plus les hommes du début de la révolution,; ni ceux des beaux momens de Bonaparte. En vain, disait-on, qu^alors on se battait pour la république, pour la patrie, tandis qu’à la fin on ne se battait plus que pour un homme, ses
seuls intérêts , soq insatiable ambition Indigne
subterfuge! les jeunes et braves soldats, la foule des officiers ne s’étaient jamais mieux battus; ife ne voyaient devant eux que l’ennemi, en arrière que l^nneur, la gloire, le triomphe de la France. La vérité, c était que les hauts généraux n’en voulaient plus; Napoléon les avait trop gorgés de considération, d honneurs, de richesses. Ils avaient bu à la coupe des jouissances, ne demandaient que le repos, et 1 auraient acheté à tout prix. Le feu sacré s’étei-
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