CHAPITRE XC. 3l
gnuit) ils auraieut voulu être des maréchaux de Louis XV. ‘
Du reste, ce n’élaieot pus seulement les hauts personnages militaires qui étaient dégoûtés de la guerre et qui soupiraient après les douceurs de la paix; à Paris, cette maladie avait aussi gagné d’autres favoris de la fortune : l’archiKïhancelier l’écrivait à l’Empereur, qui en témoigna son mécontentement. Tous les bavardages des ministres sur la paix faisaient, réponduit-il, le pins grand mai à ses affaires ; car tout se savait, et il avait vu plus de vingt lettres des uHnistres étrangers, qui écrivaient chez eux qu’à Paris on voulait la paix à tout pri», que ses ministres le lui mandaient tous les jours, etc. C'était ainsi qu’on pouvait rendre la paix impossible, et la faute m était surtout au ministre de la police. Il faudrait qu’au lieu de ce ton pacifique on prit un peu le ton . guerrier. On avait à Paris des idées bien fausses, si l'on croyait que la paix dépendait de lui. Les prétentions des ennemis étaient excessives, et il savait très bien qu’une paix qui ne serait pas conforme à l’opinion qu’on avait eue en France de la force de 1 Empire serait- très mal vue par tout le monde. *
En vain l’armée avait la même ardeur et le même dévoûmenè, si les hauts généraux qui la commandaient en avaient assez de la guerre et n’en voulaient plus. Il aurait donc fallu que l’Empereur les ren-
' !.«• Catea , t. TI, p, gg.
'* Lattre du 3o jaiii.
3l6 tiUUHJE. — AN l8l3.
voyât chez eux et les remplaçât par de jeunes- généraux qui auraient eu à faire leur fortune : c’était révolutionner l’armée. L’Empereur ne pouvait en avoir la volonté, il lui fallait ses maréchaux comme son trône et sa couronne; et même, quand ils n’étaient plus à lui à la vie et à la mort , il leur appartenait. Il en était ainsi de ses- hauts fonctionnaires, véritables maréchaux civils, amollis par les honneurs et les richesses, plus occupés de leur prdpre existence que de celle de Napoléon et de l’intérêt national. C’était sans doute un résultat fâcheux des longues guerres et des institutions de l’Empire. Des démonstrations hypocrites, et il y en eut toujours assez, un zèle, un dévoûment factices ne changeaient pas le fond des cœurs et n’amélioraient pas l’état des choses ; on le verra avec le temps s’empirer de plus en plus; il fallait forcément en subir les conséquences.
A Dresde, pendant la marche lente et tortueuse des négociations. Napoléon partageait son activité habituelle entre les travaux du cabinet et de fréquentes et rapides excursions; il les poussa jusqu’à Torgau, Magdebourg et la Basse-Lusace. Il recevait journellement les rapports de Paris, de toutes les parties de l’Empire, et expédiait les affaires comme s’il eût été dans sa capitale ; tous les jours il passait la revue tant de la garnison que des troupes qui se rendaient à l’armée.
Par ostentation autant que pour son délassement. Napoléon fit venir de. Paris les acteurs de la Comédie-Française, Talma, Saint-Prix, Fleury, mesderooi-
. CHAPITr.E XC.
selles Mars, Georges, etc. Dresde avait tout-à-fait l’aspect d’une .ville française; Paris y avait expédié des ouvriers , des marchands , et jusqu’à des décro* leurs.
Un personnage important y apparut subitement , Fouché, duc d’Otrante, disgracié en i8io, depuis réduit, dans son rôle nul de sénateur, à dévorer son ambition et son activité. Que venait-il faire? Pourquoi l’Empereur l’avait-il appelé? Tout simplement parce que, .pendant son absence, il ne voulait pas le laisser à Paris; il l’avait nommé gouverneur d’Illyrie en remplacement de Junot , qui avait tout-à-fait perdu la tête. Dans les mémoires de Fouché, on convient que cette mission n’avait pour objet que de l’éloigner du centre des affaires. Si l’on en croit cet ouvrage, prévoyant la chute prochaine de l’Empereur , Fouché aurait dès-lors conçu un projet de régence pour sauver au moins l’Eilipire réduit à ses limites naturelles, les Alpes et le Rhin. Le conseil de régence aurait été composé de lui, de Talleyrand, de Narbonne, de Macdonald, de Montmorency; on aurait érigé de grands gouvememens militaires pour satisfaire l’ambition des maréchaux. En passant à Prague, pour se rendre dans son gouvernement , i I dut communiquer ce projet aux conseils de l’Autriche, qui refusèrent de prendre aucun engage-, ment, et chercha à saisir quelques fils qui pussent le diriger dans les évènemens.
Depuis la conclusion de l’armistice, la diplomàtie ennemie avait fait de grands progrès, non dans le
3l8 EMPIRE. AN l8l3.
but de kl pacification , mais pour continuer la guerre. Le i5 juin) des traités étaient conclus à Reichen> bach entre l’Angleterre , la Russie et la Prusse. Elles n’avaient épargné aucun sacrifice , négligé aucun effort pour mettre des bornes aux projets désastreux de l’ennemi de l’Europe. A une époque où la providence avait si manifestement béni leurs armes, cés trois puissances, animées du désir de rendre aux peuples l’indépendance, la paix et le bonheur, et dans l’intention d’employer tous les moyens qui étaient en leur pouvoir pour atteindre à ce but salutaire, convinrent de régler 1» nature des subsides en argent et des secours qu’elles se fourniraient mutuellement. La Russie et la Prusse s’obligeaient à poursuivre la guerre avec la plus grande énergie, et à tenir constamment sur pied, indépendamment des garnisons des places fortes, la Russie cent soixante mille hommes et la Prusse quatre-vingt mille. L’An*gleterre payait, pour i8i3 et par mois, au roi, la somme de 666,666 liv. sterling, à l’empereur celle de i,i 33,334 liv; sterling. Elle se chargeait de l’en-’ tretien de la flotte russe qui se trouvait dans les ports anglais, qu’elle pourrait employer contre l’ennemi commun ; sa dépense était estimée à 5oo,ooo liv. Pour remédier au manque d’argent, qui devenait chaque jour plus sensible sur le continent , il fut convenu d’émettre jusqu’à concurrence de 5 millions sterling, sous le nom à'argenf fédératif, des billets de banque payaWés au porteur, garantis par les trois puissances. Enfin l’Angleterre s’engageait à contri-