CHAPITRE LXXX
Schwarzenberg qui se trouvait, appelé par Napoléon, dans la direction de Slonim, devait gagner l’extrême gauche du général russe.
Il n’y avait pas encore eu de combats meurtriers : des manoeuvres seules avaient mis au pouvoir de l’armée française une bonne partie des provinces polonaises, la capitale, et trois lignes de magasins. Mais les chevaux, qui bivouaquaient et ne se nourrissaient que de seigle vert, furent abîmés par des pluies battantes. Il en périt quatre mille; il fallut laisser cent pièces de canon et cinq cents caissons dételés. Par suite de l’embarras des vivres , qui s’était manifesté avant même le passage du Niémen , et du désordre inséparable de la marche de trois cent mille hommes, il y eut trente mille traîneurs, et par conséquent beaucoup de dévastations.
L’Empereur organisa un gouvernement et une administration provisoire pour la Lithuanie , composés de notabilités du pays et d’agens français ; Bignon y eut la haute- main , en qualité de commissaire impérial. Des levées furent ordonnées pour la formation de six régimens d’infanterie et cinq de cavalerie; elle ne fut pas complétée. Un troisième régiment de chevau-légers-lanciers de la garde fut créé. Pour y être admis, il fallait être Polonais, propriétaire ou fils de propriétaire, se monter, s’habiller et s’équiper à ses frais.
Les premiers succès de l’année réveillèrent les Lithuaniens, déjà préparés par l’exemple que leur avait donné Varsovie.
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Une diète y avait été convoquée, et, le 28 juin, s’était constituée en confédération générale, sous la présidence du vieux prince Âdam Czartorinski. Son premier acte avait été de proclamer le rétablissement du royaume de Pologne, et de voter l’envoi d’une députation à l’Empereur pour demander çon approbation et sa protection. « Au nom de la Pologne, toutes les mains avaient battu à-la-fois, et toutes les voix éclaté en acclamations prolongées; les cours du palais , les rues adjacentes avaient retenti des mêmes cris; l’ivresse avait été générale , jamais on n’avait rien vu de pareil. » i
On eut dans ce nioment une lueur de paix. Le général Balachow, aide-de-camp de l’empereur de Russie et son ministre de la police, vint apporter àWilna la réponse 'à la démarche de Ijauriston. Il annonça la disposition où était Alexandre de persévérer dans le système continental , et d’entrer en arrangement sur tous les différends , mais à condition que préalablement l’armée française repasserait le Niémen , étant résolu à vaincre ou à mourir plutôt que traiter tant qu’un soldat étranger serait sur le territoire russe. Napoléon crut que les Russes ne cherchaient qu’à gagner du temps pour rallier et sauver l’armée de Bagration; qu’il ne devait pas renoncer à ses avantagés, et compromettre toute la campagne, sans avoir aucune garantie que sa retraite serait promptement suivie de la paix. Il proposa donc de traiter
> DePradt, p. iig.