CHAPITRE XC. 3a
quante mille hommes sur les Pyrénées; maintenant, il avait à craindre une invasion du territoire. Lti défaite de Vittoria ne pouvait qu’accroître les prétentions et les espérances des alliés, et les confirmer dans leur projet d’abattre d’un seul coup Napoléon et l’Empire. Elle inspira à l’empereur d’Autriche ces mots significatifs sur le ton de la plaisanterie qui ne lui était pas familière : a Ah! il parait que le chaud est aussi contraire à mon gendre que le froid. »
Le plus pressé était d’envoyer un chef aux Pyrénées pour rassembler les débris de l’armée, la réorganiser et arrêter les progrès de l’ennemi. L’Empereur nomma Soult son lieutenant-général commandant ses armées en Espagne, avec de grands pouvoirs, et lui donna l’ordre de partir le jour même, de voyager incognito, d’arri\^r à Paris le 4 juillet, de n’y pas rester plus de douze heures, et d’aller prendre son commandement. Soult remplaçait le roi Joseph ; cette circonstance était embarrassante. L’Empereur desirait qu’il ne fit pas difficulté de se démettre, qu’il restât à Pampelune, qu’il ne vînt pas à Paris donner le triste spectacle d’une royauté déchue. L’archi-chancelier, les ministres de la guerre et de la police furent chargés de s’entendre pour négocier avec lui et observer des ménagemens, mais de recourir à la force si cela devenait nécessaire '. Toutes ces précautions furent superflues. Après quelques hésitations, Joseph obéit à l’Empereur.
* Lettrée de Napoléon du i*' juillet.
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Malgré l’éloignement de Napoléon , les souvenirs pénibles de la campagne de Russie, les désastres présens en Espagne, les sacrifices onéreux qu’exigeaient tant de pertes, la lassitude de ces interminables guerres, l’intérieur de la France était tranquille. Elle était maintenue par la forte organisation du gouvernement, une longue habitude d’obéir; elle ne pensait pas à un changement ; elle faisait preuve de patience, de résignation, de dévoùment; elle desirait la paix et la voulait honorable. Mais les passions haineuses et jalouses de l’étranger contre la France trouvaient de la sympathie parmi les partisans des Bourbons, des nobles, des prêtres, et jusque parmi des fonctionnaires élevés de l’Empire; par des intrigues on se préparait aux complots. L’ouest en était le théâtre. On agj^it la Vendée. On y répandait des proclamations royalistes; on y tenait des discours séditieux. Louis de la Roche-Jacquelin était l’instigateur secret de ces provocations. Favorisé paises liaisons avec le préfet de la Loire-Inférieure, Barante, il parcourait librement le pays, depuis Bordeaux jusqu’à Nantes. Du côté de Caen et du Mans, d’autres agens essayaient d’enrégimenter les gardechasses. Des émissaires du gouvernement anglais furent arrêtés sur les côtes, porteurs d’instructions. L’opposition du clergé devenait plus active.
Iæ premier des régimens de gardes-d’ honneur, organisé à Tours par Philippe de Ségur, son colonel, s’était recruté en partie dans la Vendée et la Bretagne; il y avait même un Charetle. On y conservait