CHAPITRE XCl
mea.s des tribunaux lorsqu’ils étaient atteotatoirçs à la sûreté de l’État, n’était pas applicable à. une affaire d’octroi. La poursuite des jurés était le renversement de l’institution. Quoique le pouvoir fut sans aucun intérêt dans le jugement , et que l’£mpereur ne fût entraîné que par des considérations morales, rien ne pouvait justifier ce coup d’état judiciaire. La décision fut exécutée. Les fonctions de grand-juge étaient alors exercées par le conseiller d’état Molé , à qui elles venaient d’être confiées provisoirement (juin), en remplacement de Régnier malade. Ce conseiller d’état les conserva’: la vieille magistrature eut pour chef un jeune homme de trente-trois ans; mais U s’appelait Molé, il se recommandait à l’Empereur par son nom, son dévoûment à son pouvoir et à sa personne.
Le but du voyage de Mayence avait été de concerter avec quelques ministres et l’Impératrice les mesures que la reprise probable des hostilités exi- . gérait dans l’intérieur de la France. On croit que Napoléon avait aussi pour objet d’obtenir de Marie-Louise une lettre pour son père;, si elle devait être sans influence , elle ne pouvait pas nuire ; Napoléon pouvait-il penser qu’à la cour, dans le cabinet de Vienne, la tendresse paternelle pût balancer im moment l’intérêt politique?
I^a réserve qu’il avait recommandée à ses plénipotentiaires n’était plus de saison. Pour la négociar tiou, il n’y avait plus de première période. Le temps était si court que le début et le terme se touchaient.
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Il n’y avait pas un moment à perdrepour faire con> naître le parti définitif que l’Empereur s’était réservé de prendre; il y était excité par l’urgence, par le besoin de savoir du moins ce que les ennemis voulaient , par les insinuations et les confidences de Metternich à Caulaincourt. D’après les instructions, c’était avec la Russie qû’on, aurait préféré négocier; l’Autriche devait être punie de sa mauvaise foi. Maintenant c’était un changement complet de système ; la situation des choses l’expliquait. Traiter avec la Russie, c’était impossible, on ne pouvait parvenir à l’empereur Alexandre , à ses plénipotentiaires ; l'Autriche s’était mise à la traverse ; ils étaient inabordables ; bon gré, malgré , il fallait passer par elle.
Le 5 août, en envoyant des instructions sur la réponse à faire à la note autrichienne du aq juillet, Maret expédia à Caulaincourt une lettre confidentielle. Il lui prescrivait de demander un entretien particulier à Metternich ; de lui déclarer que Napoléon avait intérêt à ne pas différer la reprise des hostilités, quand même l’Autriche prendrait parti contre lui ; qu’il avait ordre de la part de l’Empereur, et par une voie extra-ministéiielle, de faire une démarche qui, sous le sceau de l’honneur, devait rester inconnue des plénipotentiaires ennemis, et même de Narbonne. Cette démarche avait pour objet de savoir de quelle manière l’Autriche entendait que la paix pût se faire , et si l’Empereur Napoléon adhérant à ses propositions , elle ferait cause commune avec la France, ou si elle resterait neutre.