CHAPITRE XCI
Aussitôt que l’Empereur serait certain du mot de l’Autriche , il donnerait des instructions à ses plénipotentiaires. Par ce moyen , la paix ou la guerre serait décidée en même temps. La simplicité de cette démarche portait avec elle le cachet de l’homme qui la faisait faire, et de toute sa fermeté. Mettemich^ devait donc penser qu’il fallait se mettre à la dernière limite, et ne rien proposer qui fût déshonorant pour l’Empereur Napoléon. L’empereur d’Autriche seul devait être instruit de cette proposition. On ne la communiquerait aux alliés, pour mener ensuite à la pacification , ou générale ou continentale, que si la France et l’Autriche étaient d’accord entre elles sur les moyens de la faire.
A la réception de cette lettre, Caulaincourt vit Metternich : il reçut cette communication comme une marque de haute confiance que son maître apprécierait; il regretta que cette ouverture n’eût pas été faite à l’arrivée de Caulaincourt; alors il y avait le temps , si l’on s’était entendu , de consulter la Russie et la Prusse, tandis qu’il ne restait que trois jours. Il promit d’aller, le lendemain 7, rendre compte à l’empereur son maître; il espérait être de retour en quatre ou cinq heures ; il s’empresserait de faire connaître sa réponse, subordonnée à ce qu’il avait dit à Caulaincourt sur le terme du 10 août, et sur l’impossibilité pour l’Autriche de rester neutre. Metternich trouvait qu’il eût été plus simple ipie l’Empereur Napoléon eût proposé ce qu’il jugeait convenable. \ quoi Caidaincourt répondit que
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le cabinet autrichien savait certainement quelles étaient les prétentions qu’il ne soutiendrait pas.
Si Napoléon avait dû faire des propositions, sa base eût été simple, Xutipossidetis ante bellum, répondit Maret ; si la guerre devait continuer, il arriverait im moment oû les ennemis se féliciteraient de pouvoir l’obtenir. C’était un concert avec l’Autriche pour la négociation que l’Empereur avait voulu établir. Il n’avait en cela rien à faire avec les ennemis. C’était le mot de l’Autriche qu’il voulait savoir.
Le 8 août , Napoléon ne faisait aucun doute que les ennemis dénonceraient l’armistice, le 10, et que les hostilités commenceraient le 16 ou le 17. Il mandait donc au maréchal Davoust de compter là-dessus, en conséquence de réunir toutes ses troupes sur la rive droite de l’Elbe, et d’avoir, le 12, son quartier général une lieue en avant de Hambourg, afin de prendre l’offensive , et de tenir en échec devant lui un corps égal d’ennemis, he projet de l’Empereur était de faire marcher les trente mille hommes de Davoust et les quatre-vingt mille d’Oudinot sur Berlin, avec un corps de six mille, qui pourrait sortir de Magdebourg. Il comptait que dans quatre jours , le 20 ou le a P , on serait dans la capitale de la Prusse. L’Autriche avait trois cent mUle hommes sur pied, effectif, ce qui en fournissait deux cent mille sous les armes; cent vingt mille marchaient sur Dresde, trente mille contre la Bavière, cinquante mille contre le vice-roi qui était à Laybach. Quelque accroissement de force que cela donnât aux al-
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liés, Napoléon se trouvait eu mesure d’y faire face. Mais Davoust devait sentir qu’il fallait de l’énergie et de l’activité. Il fallait surtout qu’il menaçât de bonne heure, afin qu’on ne le négligeât pas, et qu’on ne se tournât pas entièrement contre ce qui déboucherait sur Berlin. En cas d’un succès, qui devait éparpiller lalandwehret désarmer la landsturm, que Napoléon appelait de la canaille, il se proposait d’envoyer Davoust avec un renfort sur Stettin à la poursuite des Suédois, pour débloquer cette place et celle de Custrin, par là menacer de débloquer Dantzig, et obliger les Russes à y courir en toute diligence, et à se détacher des Autrichiens ; ou bien , suivant les circonstances, il rappellerait à lui trente mille hommes pour se renforcer contre l’armée austro-russe. ‘
Dès le 7, Metternich avait donné la réponse de l’Autriche; elle demandait la dissolution du duché de Varsovie, qui serait partagé entre la Russie, l’Autriche et la Prusse, Dantzig à la Prusse; le rétablissement des villes de Hambourg , de Lubeck , etc. , dans leur indépendance ; la reconstruction de la Prusse, avec une frontière sur l’Elbe; la renonciation au protectorat de la confédération du Rhin; la cession à l’Autriche de toutes les provinces lllyriennes,y compris Trieste; la garantie réciproque de l’état des puissances, grandes et petites, tel qu’il se trouverait fixé par la paix, ne pourrait plus êtrt! changé ni altéré que d’un commun accord; l’indé-
* Lettre de Na|>o)êon. Dresde > 8 août.
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\ • pendance de la Hollande , et celle de l’Espagne, sous
Ferdinand VII , en principe. Seulement la publicité et l’exécution de cet article ajournées jusqu’à la paix maritime, vu que cette clause pouvait la faciliter.
Metternich apprit au duc de Vicence l’arrivée du général Moreau au quartier général de Bernadette, l’engagea à en informer Napoléon , et déclara que, de quelque façon que se terminât la négociation, l’Autriche n’entrerait jamais dans ce qu’il appelait l’intrigue Moreau, et repousserait toute idéedebouleversement d’état en France. La cour d’Hartwell regardait Moreau comme le successeur de Pichegru. En 1 8 1 1 , le comte de Lille avait eu la pensée de le ' faire venir en Espagne auprès de Wellington , pour l’opposer aux généraux français, et employer son influence pour débaucher l’armée impériale. Ce projet fut ajourné. Après les désastres de la campagne de 1812, qui causèrent une si vive joie àHartwell et y ramenèrent les espérances, le comte de Lille et ses agens insinuèrent à l’Angleterre et à la Russie, de se servir de Moreau contre Napoléon , comme elles se servaient de Bernadette. Le prince royal agissait auprès d’elles dans le même sens que les Bourbons. Les plus pressantes sollicitations arrivèrent de toutes parts à Moreau de venir prêter contre son pays le secours de ses conseils et de son nom. L’empereur Alexandre lui écrivit, et l’appela auprès de lui.
Il arrivait donc au quartier général des alliés; quand ' le sort des armes l’amenerait sur le Rhin , il devait expliquer son but dans une proclamation. C’était le
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