CHAPITRE XCI
En annonçant à l’archi-cbancelier la détermination de l’Autriche, Napoléon lui écrivit : « Son manifeste est assez insignifiant ; l’analyse en bon français est qu’elle croit l’occasion bonne pour reprendre son influence. Les négociations de Prague n’ont pas eu lieu , on n’a pas pu même échanger les pouvoirs. Les plénipotentiaires ne se sont pas vus. Les affaires d’Espagne ont relevé les espérances, l’intrigué anglaise a fait le reste. Le 1 7 nous nous battrons. » ‘ L’Empereur, portant toute son attention sur le Bas-Elbe, envoya à Magdebourg le général Girard, qui s’était si distingué à Lutzen , pour commander le corps qui devait sortir de cette place , et établir une communication entre Davoust et Oudinot; il renouvela ses ordres les plus pressans au premier de ces maréchaux de commencer son mouvement, et au second de marcher sur Berlin.*
L’ambassadeur Narbonne revint à Dresde le 1 5. Caulaincourt , autorisé à prolonger son séjour, avait obtenu la permission de résider à Kœniggratz. Napoléon dicta l’instruction suivante pour Maret :
«L’Autriche, rpédiatrice, rendait toute conciliation impossible; mais l’Autriche , en se déclarant en état de guerre, nous met tous dans une position plus vraie et plus simple. L’Europe est ainsi plus près de la paix , car il y a une complication de moins. Eh bien , puisque les alliés fondent tant d’espérances
' I.«ttre du 1 2 août.
* I-ettresdes r9, i”? et i5 août.
sur les chances des combats , rien n’empêche de négocier en se battant. Ecrivez à M. de Metternicb que je propose d’ouvrir dès aujourd’hui un congrès dans une ville frontière qu’on neutralisera. »
Après cette dictée, Napoléon quitta Dresde; il en confia la garde au 1 4° corps , sous les ordres du maréchal Saint-Cyr. Il était chargé d’occuper la rive gauche de l’Elbe depuis Dresde jusqu’à la Bohême, d’observer tous les débouchés, et, s’il était obligé de reculer devant la grande armée ennemie, de la contenir assez de temps pour que l’Empereur pût exécuter son projet de venir se placer entre les alliés et la Bohême.
Avant de le suivre dans la campagne militaire, il faut anticiper de quelques jours pour en finir avec la campagne diplomatique. Dans une note où l’on reprochait à l’Autriche d’avoir été le principal -obstacle à la paix, Maret délayant,-'en style de chancellerie, la brève instruction de Napoléon , proposait l’ouverture d’un congrès' pour travailler, nonobstant les hostilités, à l’œuvre de la paix.
Metternich répondit, au nom des trois cours belligérantes, que ne pouvant décider sur un objet d’un intérêt tout-à-fait' commun, sans en avoir préalablement conféré avec les autres alliés, elles allaient porter incessamment à leur connaissance la proposition de la France; c’est-à-dire que désormais tout était remis au sort des armes.
Cette fatale époque, ayant décidé des destinées de l’Empire, a été l’objet de controverses interminables