CHAPITRE XCII
de la garde et celle de Marmont. C’est là que, voyant’ une batterie ralentir ses coups , dont la portée était sans effet, il ordonna de continuer le feu pour attirer l’attention de l’ennemi. Dès les premières salves, on remarqua sur la colline un mouvement extraordinaire , annonçant qu’un personnage distingué avait été frappé : on ne tarda pas à le connaître.
Pour rétablir l’bonneur de ses armes, l’ennemi avait des réserves nombreuses massées à son centre et presque intactes. Elles pouvaient se jeter, par Strehlen, sur Ney, qui étendait trop sa gauche. Le conseil en fut donné : les réserves de Kleist et de
Miloradowich se disposèrent à ce mouvement, qui aurait pu être décisif. On attendait le signal de Barclay, qui devait descendre deLeubnitz avec ses troupes; il ne descendit point, les réserves ne donnèrent pas.
Dès trois heures, l’artillerie ennemie ralentit son feu, bientôt il cessa. La pluie redoublait : des deux côtés les troupes étaient harassées, abîmées; les généraux. Napoléon, tout son monde étaient percés jusqu’aux os. Le bruit de la retraite des alliés circula. En effet, ils y pensaient sérieusement, dégoûtés par le désastre de leur gauche et inquiets du passage de Vandamme à Kœnigstein. On n’était pas d’accord, la majorité l’emporta, la retraite fut décidée pour la nuit même : les souverains prirent les devans.
L’ennemi perdit beaucoup d’artillerie et trente mille hommes hors de combat, y compris les dix mille prisonniers. En le poursuivant, on ramassa deux cents pièces ou caissons d’artillerie, un millier
ÏIUPIRE. VI. i l -
370 EMPIRE. AW 181 3.
de fourgons, une multitude de traîneurs et de blessés : Dresde en fut encombré.
Le lendemain a8, l’Empereur, après avoir parcouru le champ de bataille et pourvu au soin des blessés, se porta sur les hauteurs de Reknitz, et mit son armée à la poursuite de l’ennemi, le roi de Naples et Victor sur la route de Sayda; Marmont sur Altenberg; Saint-Cyr sur Dohna, Maxen et Liebenau; Mortier, avec la jeune garde, par la chaussée de Pyrna.
On amena à l’Empereur un paysan du village de Recknitz , où les souverains avaient eu leur quartier général pendant les deux jours de la bataille. Il avait vu arriver dans ce village le personnage qui avait été blessé la veille au milieu de l’état-major. C’était un général du premier rang, dont il ne savait pas le nom. Au moment où il avait été frappé, il était à cheval , à côté de l’empereur de Russie , qui paraissait prendre un vif intérêt à son sort. On Pavait porté au quartier général sur des piques de Cosaques. Le chirurgien de l’empereur lui avait fait l’amputation; on l’avait transporté sur une chaise longue à Dippoldiswald. Des détachemens de Russes, de Prussiens , d’Autrichiens portaient les brancards. Napoléon crut que c’était Schwarzenberg , et lui donna des regrets. On ne tarda pas à apprendre qu’il se portait très bien , et qu’il commandait la retraite. On amena au roi de Saxe un lévrier qui était resté à Reknitz ; sur son collier était écrit : J^apparfiens au général Moreau. Ce premier indice fut / /