CHAPITRE XCII
bineau, avec la cavalerie, se précipita sur les Prussiens, plus disposés à se rendre quà résister, et leur passa sur le corps. Voyant que cette irruption n’était qu’une fuite, ils se reformèrent. L’infanterie française qui, formée en carrés, continuait le combat et était accablée, se jeta en partie dans les montagnes de la droite, dans la direction de Saint-Cyr. tout le reste , V andamme , les généraux Haxo et Guyot restèrent prisonniers. La perte fut de quinze mille hommes et soixante pièces de canon.
Napoléon dînait avec Berthier et Maret. Il parlait de son projet de marcher conti'e Bemadotte. Il pensait qu’il faudrait à la grande armée ennemie trois semaines pour se reformer et reprendre 1 offensive. Vandamme suffirait pour l’inquiéter, l’observer, la contenir, ayant soin d’éviter un engagement sérieux. L’Empereur était gai et content, comme il 1 était toujours quand il avait pris un parti. La nouvelle du désastre de Vandamme arriva; il refusa d y croire jusqu’à ce que Corbineau vint la confirmer. On croyait Vandamme tué; on l’accusa de s’étre de luimême aventuré par fougue , par ambition pour gagner le bâton de maréchal. A. un ennemi qui fuit , ■ il faut faire un pont d’or, quand on n’est pas en force pour l’accabler; or Vandamme devait bien sentir qu’il n’était pas assez fort. Ses ordres lui prescrivaient de ne pas dépasser Peterswald , il les avait excédés. Lui en aurait-on donné d’autres? L’Empereur se fit apporter ses minutes et le livre d’ordres de Berthier; on les compulsa, on les relut, on n’y trouva rien
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qui eût pu autoriser Yandamme à quitter sa position de Peterswald. (ktmment accorder ces circonstances rapportées par des témoins ocul^res dignes de foi, avec des faits authentiques? avec l’ordre donné, le a 8 après midi, par Berthier à Yandamme, de pénétrer en Bohême avec toutes ses forces, de culbuter les Russes , dans l’espoir qu’il arrivera avant l’ennemi sur la communication de Tetschen, Âussig et Tœplitz? cet ordre, que Yandamme a soutenu lui avoir été répété par un ordre de l’Empereur, à lui apporté par le colonel suisse de l’état-major, Stoffel, et en duplicata par Anatole Montesquieu, et dont les généraux Haxo etCorbineau eurent connaissance, cet ordre que Yandamme n’a pu représenter, parce que avant de tomber entre les mains de l’ennemi, il avait détruit ses papiers , mais qui a été trouvé, en i8a6,dansle livre d’ordres de Berthier?
Bien plus, on y a trouvé aussi deux lettres de Dresde, le 3o août, à onze heures et demie du matin. Par la première, il était ordonné au maréchal Mortier de soutenir, avec les divisions Lefebvre- Desnouettes, Yoguet et Decouz, le^ général Yaiidammo, s’il en avait besoin. « Yous savez , y est-il dit, qu’il est sur la route de Tœplitz, ayant les Rus-' ses devant lui. Envoyez im officier à son quartier ' général pour savoir ce qui s’y passe.» Par la seconde lettre, Berthier informait Yandamme de l’ordre donné à Mortier, et de l’envoi d’un officier d’étatmajor pour avoir des nouvelles.
L’ordre donné à Mortier était trop tardif. Dans
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1« BioQient où on récrivait , c’en était fait de Vandamme, it soccombait. Il confirme toujours celui du ad, et prouve que l’Eaipereur n’avait pas renoncé au mouvement sur Tœplitz, mouvement habilement combiné, et qui eût été décisif, si Vandamme eût été soutenu. Pourquoi ne le fut-il pas? C’était à Mortier que devait appartenir ce rôle. Mais, et le fait est remarquable, il avait été retenu avec la jeune garde à Pyrna, pour concourir au grand mouvement médité sur Berlin. Evidemment, Vandamme fut un instant oublié; on ne songea à lui qne le 3o à onze heures du matin; il n’était plus temps! Comment Saint-Cyr, qui était à la poursuite de Kleist , qui l’avait attaqué le ag, l’avait-il perdu de vue le 3o, et pendant qu’il était aux prises avec Vandamme, ne donna-t-il pas signe de vie?
Mesurant toutes les conséquences de ce funeste évènement :« Voilà la guerre, dit Napoléon; bien haut le matin, bien bas le soir: allons il faut changer de plan. »
■ Du triomphe i la chute , U u'est souvent qu’un pas. >
Devenu pensif, il fixa de nouveau les yeux sur la carte, il prit un compas, et on l’entendit répéter tout haut ces vers :
• J’ai servi, commandé, vaincu quarante années;
< Du monde entra mes mains j’ai vu les destinées ;
• Et j’ai toujours connu qu’en chaque évènement ,
• Le destin des états dépendait d’un moment. -
«Cette catastrophe, dit le bulletin, était due à
EMPlRf. AM l8l3.
une ardeur guerrière mal calculée. Après le combat du ag, au lieu de rentrer et de se replacer sur la hauteur, Yandafmme resta et prit position à Culm, sans garder la montagne. U méritait des regrets ; il était d’une rare intrépidité; il était mort sm* le champ ' d’honneur, mort digne d’envie pour tout brave. » Sans contredit, les principes les plus vulgaires de la guerre lui défendaient de s’aventurer sans que ses communicationsfussent assurées; mais les rédacteurs du bulletin n’avaient pas le droit de lui faire ce reproche.
Pendant qu’on faisait aiüsi l’oraison funèbre de , Vaudamme, il avait été amené prisonnier devant l’empereur Alexandre qui, peu généreux dans la victoire, l’avait traité de voleur, de piUard, d’assassin qu’il fallait envoyer en Sibérie, à quoi le général répondit : « Il se peut bien, sire, que je sois un voleur, un pillard, mais il est des crimes plus grands qui n’ont jamais souillé ma main. » A Tœplitz, on le laissa sur une charrette, exposé à la curiosité et aux injures du peuple et de la soldatesque. L’empereur d’Autriche vint jouir de ce' spectacle. Ce n’était pas ainsi, qu’ après Austerlitz, on avait agi envers les empereurs et leurs prisonniers.
A Laun, pendant qu’il changeait de charrette, Yandamme fut abordé par Rapatel,aide-de-camp de Moreau, qui l’invita, de la part de son général, à venir le voir. Yivement ébranlé par cette rencontre inatten- . due, Yandamme hésita un moment, puis répondit :
« Non. Nous ne pouvons nous être d’aucune utilité. Il