‹ Le Consulat et l'EmpireChapitre 159 sur 300 · CHAPITRE XCII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XCII

ne me rendra pas ma liberté, je ne lui rendrai pas ses jambes. » On le,mena à Prague , où il fut outragé et couvert de boue par une populace qu’on avait d’avance ameutée. Quelques jours après, le corps de Moreau y fut exposé en grande pompe , dans la cathédrale, à’ia vénération publique. Vandamme, malgré quelques nuages jetés sur son caractère moral, vivra dans l’histoire comme un guerrier intrépide , fidèle à sa patrie, et Moreau comme un Coriolan.

Voilà donc la triste compensation de la belle et grande victoire remportée à Dresde par l’Empereur! Trois de ses lieutenans battus , Oudinot, le a3 août, à Gross-Beeren ; Macdonald, le a6, à la Katzbach; Vandamme, le 3o à Culm; une perte de plus de quarante raille hommes, d’un matériel considérable; la désorganisation dans les corps , la démoralisation du soldat , et jusque parmi les chefs. C’était l’inconvénient inhérent aux vastes théâtres de guerre. Des grands capitaines, ses émules, comme lui sortis de la révolution *, Napoléon restait seul, et il ne pouvait être partout. Ses lieutenans , esclaves de sa pensée, exécuteurs de ses plan^ , étaient très bons sous ses yeux; mais, abandonnés à eux-mémes, ils manquaient d’habitude et de confiance.il en fit une rude épreuve dans cette campagne : tous ceux qu’il plaça à la tête des armées secondaires, ne s’élevèrent pas à la hauteur de leur commandement. Murat,Victor, Marmont, Saint-Cyr, chargés de poursuivre la grande armée en-

* Hoche, Pichegru, Moreau, Kléber, Desain.

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nemie en Bohème, ne se mirent en mouvement que le a8, restèrent en arrière de Vajadamme, et n’arrivèrent que le 3i aux débouchés des montagnes. S’ils avaient eu rardeurdeVandamme,il ne serait pas venu, quoique non soutenu parMortier, s’abîmer àCulm.

Malgré les échecs d’Oudinot et de Macdonald, après la bataille de Dresde , il y avait à opter entre deux systèmes : reprendre l’opération de Berlin, ou poursuivre à, outrance en Bohême la grande armée ennemie*. Il résulte des faits, que, dans l’ivresse de la victoire, on choisit le second parti, sans renoncer au premier. Le ig ce n’était plus cela. Avant que rien fût décidé en Bohême , instruit qu’on était de la défaite de Macdonald, on se prépara, à Dresde, à marcher sur Berlin ; Mortier , qui naturellement devait soutenir Vandamme, fut retenu à Pyrna. Aucun avertissement , aucun ordre à ce général. Le 3o, nouvelle combinaison. On se ressouvint que Vandamme était aux prises avec Ostermann , on donna l’ordre tardif à Mortier de marcher à son secours avec trois divisions de la jeune garde. On ne peut s’empêcher de reconnaître dans les mesura prises pendant ces trois jours au quartier général, des tergiversations, un défaut d’ensemble et d’à-propos qui furent extrêmement funestes.

De tous ces revers , celui de Culm fut le plus fatal. Il releva les espérances des alliés , le moral de leurs troupes. Lajoie succéda à la désolation en Bcdiéme. Tous les grands personnages qui, à l’approche de l’armée française, s’étaient éloignés de la frontière,

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