CHAPITRE XCir
pour masquer le mouvemertt que Ney voulait faire sur Dahme, et auquel il s’était déterminé par la certitude que toute l’armée ennemie débouchait en grande hâte sur Dennewitz. L’intention était bonne, mais elle fut contrariée par le retard de la marche des 7' et la' corps. A dix heures du matin, le 4*, débouchant de Dennewitz , donna sur les quinze mille Prussiens de Tauenzien, qui furent renforcés pai' Bulow, et se trouva engagé dans un combat sérieux. Il ne s’agissait plus du projet du matin, il fallait soutenir le 4' corps. Toute l’armée marcha successivement à son secours , et insensiblement les deux armées entières finirent par se trouver en ligne de bataille. On combattit vaillamment ; la victoire fut un moment douteuse. Quoique Bernadotte, qui s’avançait avec quarante mille Russes et Suédois , n’eût pas encore donné , elle pouvait se déclarer pour lés Français, ou rester indécise, mais une vigoureuse attaque de Bulow contre la division Durutte, jeta de la confusion dans les manœuvres; l’arrivée de Bernadotte décida du sort de la bataille, et força Ney à la retraite. Son armée revint dans un désordre affreux , sous le canon de Torgau. Il avoua une perte de huit mille hommes et douze canons; on l’a portée jusqu’à quinze mille, en tués, blessés, prisonniers ou fuyards. Dennewitz fut le triste pendant de la Ratzbach. Les causes de cette défaite , si diversement débattues, se résument dans ce fait : admirable au milieu des boulets et dans le tumulte du combat , Ney n’avait pas le génie des combi-
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liaisons et des manœuvres qui font une science de la guerre.
A Jüterbock , le i o septembre , Bernadette publia sa proclamation aux Saxons pour les débaucher. Il disait : « De grands évènemens ne tarderont pas à vous mettre à l’abri d’une politique ambitieuse. Répandez votre sang pour l’indépendance de l’Allemagne, et non pour un seul homme auquel vous n’êtes attachés par aucun lien , aucun intérêt commun. La France est un pays vaste et florissant; un conquérant des temps reculés se fût contenté d’un pareil empire. Les Français 'eux-mémes désirent de rentrer dans les limites que leur trace la nature. Tout en servant le tyran , ils haïssent la tyrannie. Dites-leur hai’diment que votre volonté est d’être libres, et eux-mêmes vous admireront et vous encourageront à persévérer dans ce généreux dessein. » Bernadotte ne cachait pas les projets de la coalition sur la France, et s’en faisait l’organe et le coopérateur.
Quelles que fussent les causes de ces revers, ils rendaient chaque jour la position de Napoléon plus critique. Ses armées se fondaient dans les combats; ses troupes s’abîmaient dans des courses sans résultat sur les deux rives de l’Elbe; nul moyen de réparer ses pertes. L’ennemi , au contraire , attendait des renforts; Beningsen. s’avançait à grands pas avec une armée de soixante mille Russes qu’il avait organisée à Varsovie. Napoléon devait-il rester à Dresde? n’y avait-il pas nécessité de changer de li-