‹ Le Consulat et l'EmpireChapitre 164 sur 300 · CHAPITRE XCIir · texte numérisé non relu

CHAPITRE XCIir

soixante mille hommes de Beningsen en Bohème. A. , la fin de septembre , il releva les postes de Schwarzenberg dans la vallée de Tœplitz. La grande armée déboucha des montagnes dans les plaines méridionales de la Saxe, sur Cbemnitz. Dédaignant Macdonald, Blücher courut de Bautzen du côté de Wittenberg pour opérer de concert avec Bernadette, qui , après avoir passé l’Elbe , le 27 septembre , devant Acken et Rosslaw, s’était porté sur Dessau, y avait rencontré l’avant-garde de Ney, qui s’était replié sur la Mulde. Le 3 octobre, Blücher avait passé l’Elbe à’Wartenbourg. L’intention des alliés était évidemment de se porter en deux grandes masses sur les derrières de Napoléon , dans les plaines de Leipzig , pour le renfermer dans Dresde.

Avant que cette barrière soit formée , renoncerat-il à cette ville? Rassemblera-t-il toutes ses forces? Ira-t-il s’établir derrière la Saale, s’appuyer sur ses magasins d’Erfurt et ses dépôts de Mayence , maître de la grande route militaire de France? Non. Le moment n’était pas encore venu pour lui de prendre une résolution qu’il regardait comme désespérée. Sa dignité, l’honneur de ses armes ÿ l’opinion vivace de sa fortune , la fatalité , l’attachaient encore à Dresde, à la ligne de l’Elbe. Il se décida à se jeter entre les deux masses ennemies, non pour leur échapper avant leur réunion, mais pour tâcher de les battre en détail. Il résolut de se porter d’abord contre Blücher.

Pour contenir l’ennemi du côté de la Bohème, Na-

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EMPIKE. A« l8l3.

|>oléon détaclxa lé roi de I4aples à Freyberg avec cinquante mille hommes, et laissa Saint-Cyr avec trente mille à Dresde. Il avait pour intructions d’y tenir tant qu’il pourrait; s’il était forcé de l’évacuer, de détruire les fortifications , les équipage^ qu’il ne pourrait pas emmener, et de se retirer sur Torgau et Magdebourg, l’Empereur espérant toujours conserver la ligne de l’Elbe, et venir le délivrer.

Il sortit de Dresde le 7 octobre ; le roi et la reine de Saxe le suivirent. Avec le reste de ses forces , il marcha sur la rive gauche de l’Elbe , et arriva le 9 à Eilenbourg, où il rallia l’armée de Ney, ce qui lui forma une masse de cent vingt-cinq mille hommes^ 11 supposait Blücher à Düben et Bernadette vers Zoerbig. Toute son attention se tourna du côté de Dessau et de Düben. En y gagnant une bataille décisive, en ruinant le pont de Rosslaw , et en s’emparant de celui de Wartenbourg, l’armée de Blücher aurait été détruite. Pour réussir, il fallait d’abord que le roi de Naples manœuvrât de manière à conserver Leipzig , et s’il était forcé à quitter cette ville, qu’il se retirât sur la Mulde- L’Empereur lui envoya le duc de Padoue avec quinze mille hommes, ce qui, avec Augereau, qu’il supposait à Lutzen ou à Leipzig, ferait au roi un renfort d’au moins trente mille hommes. Alors , le u , l’Empereur attaquerait l’ennemi et le battrait ; ou s’il se retirait , il brûlerait ses ponts en se portant'sur la rive droite , et il manœuvrerait entre Magdebourg et Dresde, débouchant pai- une de ces quatre places pour surprendre

CUAPITRE XCUI.

l’ennemi. Le 10 au soir, ce projet fut communiqué au roi de Naples et à Saint>Cyr. Blücber semblait pris au dépourvu; l’Empereur avait les plus belles

, espérances. Il ordonna à Ney de pousser un corps de Wittenberg, dont le blocus avait été levé, par les deux rives de l’Elbe , sur Rosslaw , et un autre de Düben dans la direction de Dessau , afin de forcer les Prussiens à accepter la bataille ou à se laisser enlever les ponts de Dessau et deWartenbourg. Blücber, instruit du danger qu’il courait , convint avec Bernadette de renoncer à sa ligne d’opérations, pour se jeter derrière la Saale, et filer rapidement à droite , sur Zoerbig, où la jonction des deux armées s’opéra.

Le 1 1, elles gagnèrent Halle. Leurs communications sur l’Elbe furent interceptées ; mais Blücber avait évité la bataille, et peut-être une défaite. Pour Napoléon, temps perdu, course inutile; il fallait aviser à un nouveau plan. Il en conçut un dont l’audace révélait tout l’embarras de sa situation.

Pendant que les alliés se concentraient dans les plaines de Leipzig , Napoléon, manoeuvrant sous la l)rotection des places et magasins de Dresde , Torgau, Wittenberg, INIagdebourg et, Hambourg, établissait la guerre entre l’Elbe et l’Oder; il possédait sur l’Oder les places de Glogau , Custrin , Stettin. Selon les circonstances, il débloquait les places de la Visfule, Dantzig, Thorn et Modlin. Si, <lans cette situation, il abandonnait aux ennemis toutes ses communications , il s’en donnait de nouvelles sur le territoire ennemi, dans des pays non dévastés, tels que

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le Brandebourg, Berlin, le Mecklenbourg. Il délivrait , il ralliait ses nombreuses garnisons aux opérations de l’armée active. Enfin , il saisissait ensuite la première occasion favorable pour repasser l’Elbe, fort de tout ce qu’il aurait réuni d’avantages , et de tous ceux que de vaines manoeuvres auraient fait perdre à l’ennemi. Il y avait à espérer de ce vaste plan , médité depuis deux mois , un tel succès que la coalition en serait désorganisée.

L’Empereur passa à Düben les journées des ii, 1 a et 1 3, presque toujours renfermé dans sa chambre, entouré de ses cartes, calculant, réfléchissant, communiquant son projet à quelques -ims de ses lieutenans , écoutant , discutant les objections. Dans les places, lui disait-on, les arsenaux et les magasins n’étaient pas assez bien pourvus; l’armée comptait beaucoup de jeunes soldats , elle était faible en cavalerie ; l’Allemagne était mal disposée ; il y avait un grand danger à guerroyer entre l’Oder et la Visluloavec deux cent cinquante mille hommes, sans communications avec la France, quand cinq cent mille ennemis inonderaient l’Allemagne et soulèveraient tout. On répondait : Déjà ils étaient presque maîtres de l'Allemagne , l’Empereur ne pouvait plus y compter sur ses alliés qu’en les rassurant par un coup d’éclat ; s’il fallait se rouvrir le chemin de la B’rance, on le ferait avec autant d’avantage un mois plus tard , après avoir rallié les garnisons de toutes les places, et amené peut-être des chances favorables.

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