CHAPITRE XCIII
de félonie, sans exemple, dans les fastes de la guerre. Bernadotte s’avançait; Reynier était réduit à la seule division Durutte; Ney la fit soutenir par la division Delmas; Marraont continuait à défendre Schœnfeld. Le combat se prolongea avec animosité ; des files entières des deux braves divisions, et le général Delmas, tombèrent sous les coups de l’artillerie saxonne. La droite de JNey fut ramenée dans la direction de Raudnitz. L’avant-garde de Bernadotte y pénétrait; elle n’était plus qu’à un quart de lieue de Leipzig; les Suédois allaient faire leur jonction avec les Russes de Beningsen.
Instruit à Probsthayde de la défection des Saxons , et appréciant les conséquences fâcheuses qui pouvaient en résulter. Napoléon s’était porté au galop vers Raudnitz, suivi des réserves de la garde. Occupé à rallier sa droite près de Strassenhauser, Ney s’élança alors sur Bulow que Napoléon fit attaquer en flanc du côté de Mœlkau par les cuirassiers de Nansouty. Les charges réitérées arrêtèrent le mouvement de l’ennemi: là, comme à Probsthayde , le combat ne fut plus qu’une sanglante canonnade. Bernadotte y employa à-la-fois l’artillerie saxonne , celle des Suédois, et les batteries anglaises de fusées à la congrève. Après avoir repris jusqu’à sept fois le village de Schœnfeld , Marmont finit par l’abandonner, pour rentrer dans une ligne plus resserrée qui suivait le ruisseau de Raudnitz. Au nord de Leipzig, les corps de Sacken et d’Yorck avaient en vain tenté d’emporter le faubourg de Halle, défendu par
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la division Dombrowski et la cavalerie d’Arrighi. Du côté de Lindenau , Bertrand s’était ouvert k route de Weissenfels.
L’armée française combattit avec une valeur admirable; c’est une justice que n’ont pu lui refuser les écrivains ennemis'. Aussi ne perdit-elle à gauche que peu de terrain; elle conserva tout le reste de sa position principale; aucun de ses corps ne fut entamé. Mais cette gloire était acquise au prix de grandes pertes, qui l’affaiblissaient de plus en plus; l’ennemi, quoiqu’il n’en eût pas moins éprouvé*, conservait toujours son immense supériorité numérique. Un demi-succès ne décidait rien, une bataille perdue pouvait tout compromettre. Le sort de la campagne était décidé : la prudence commandait la retraite. Que l’Empereur hésitât encore, cela n’est pas probable; une circonstance pressante en fit une nécessité. Les munitions étaient épuisées; on avait tiré dans la journée quatre-vingt-quinze mille coups de canon , depuis cinq jours , deux cent vingt mille; il n’en restait plus qüe seize mille. Le grand parc, séparé de l’armée par suite du mouvement sur Leipzig, s’était retiré à Torgau. On ne pouvait se réapproNdsionner qu’à Magdebourg ou à Erfurt. l’Empereur se décida pour Erfurt. Les troupes étant exténuées de fatigue et de faim, il était difficile d’opérer la retraite dans la nuit. Après avoir donné
‘ Butturlin, Wilson, Odlebeii.
’ Soixante mille hommes suivant la relation de Sir R. Wilson.