‹ Le Consulat et l'EmpireChapitre 169 sur 300 · CHAPITRE XCIir · texte numérisé non relu

CHAPITRE XCIir

tles ordres, il quitta son bivouac, et vint à Leipzig, à neuf heures du soir; il passa la nuit à dicter et à expédier dans toutes les directions , sur la route du Rhin, à Paris, sur l’Elbe, sur l’Oder, en Italie, tous ceux que nécessitait la nouvelle position où il allait se trouver en se rapprochant de la France.

Pour se retirer, l’armée avait à traverser, de Leipzig à Lindenau, un défilé de deux lieues, coupé par cinq à six bras de l’Elster sur chacun desquels il n’y avait qu’un pont évidemment insuffisant. Il en aurait fallu deux ou trois; depuis le i5, on avait eu le temps de les faire; cela regardait le chef du génie. On n’y pensa pas, ou, quand on s’en avisa, il était trop tard. L’Empereur ordonna dans la nuit qu’on jetât trois ponts auxiliaires sur- la Pleiss; cet ordre ne ftit point exécuté; il en fit jeter un sur l’Elster dans le jardin des Juges; mal construit, il s’écroula. Le 18, on aurait pu faire filer les équipages, sous la protection du corps de Bertrand; c’était l’affaire du chef d’état-major général; on les laissa encombrés entre l’armée et Leipzig. Il faut être juste; dans cette imprévoyance, il y eut de la faute de tout le monde. On ne songea à la retraite que lorsqu’il fut trop lard pour prendre les précautions qui devaient l’assurer.

Le 19 l’armée était concentrée sur Leipzig. Victor et Augereau défilèrent les premiers dans le faubourg de Lindenau. Marmont se maintenait dans ■ celui de Halle. Reynier défendait celui de Roseothal. Ney repliait ses troupes sur les faubourgs de l’est.

4 10 EMPIRE. AN l8l3.

Lauriston, Macdonald, Poniatowski prenaient position dans ceux du midi. Ils devaient former l’arrièregarde. La ville avait une enceinte. Tousses faubourgs étaient barricadés , elle était susceptible d’une défense de vingt-quatre heures. L’ennemi ne pouvait ^ l’enlever de vive force. Dès qu’il s’aperçut du mouvement des corps sur Leipzig, il attaqua sur toute la circonférence.

On crut que l’ennemi se prêterait, dans l’intérêt de la ville, à régler la manière dont les portes seraient remises. Avec l’autorisation de l’Empereur, les magistrats et des officiers saxons , furent envoyés à Schwarzenberg , aux souverains; les généraux de l’arrière-garde parlementèrent ; tout arrangement fut refusé. On proposa de faire occuper la ville comme tête de défilé par six mille hommes, avec soixante pièces de canon , de brûler même les faubourgs s’ils faisaient obstacle à la défense. L’Empereur ne voulut pas qu’une des premières villes de l’Allemagne fût sacrifiée pour sauver, dit-on, quelques bagages. Générosité d’autant plus déplacée, que l’ennemi ne s’était pas montré si scrupuleux, et que dans ce cas-là tout doit céder au salut du soldat.

A neuf heures, l’Empereur alla prendre congé du roi de Saxe, le laissa maître de traiter avec les alliés, et lui recommmida ses blessés. Il voulut sortir de la vieille ville par la porte de Ranstedt, elle était encombrée. Il revint sur les boulevards pour gagner le pont, par la porte de Saint-Pierre. Partout on avait ■contenu l’enneihijOn ne lui cédait le terrain que pied-

Page 1