CHAPITRE XCIII
en son nom et au nom de l’Angleterre, lui fit des propositions. Le prix de sa défection était la promesse de lui conserver son royaume. Il en fit un mystère à l’Empereur. Il donna pour prétexte des lettres qui lui annonçaient qu’à Naples on l’attendait avec impatience ; que , dans la crise qui se , préparait, sa présence y était indispensable pour défendre son royaume. Elle n’était pas nécessaire à l’Empereur ; elle pouvait lui être plus utile en Italie. Murat ne le trahissait pas ; au fond de l’âme il était toujours Français. Seulement il ne voulait pas être entraîné dans la ruine de son beau-frère ; il se flattait, lui, roi parvenu, de s’arranger avec les rois légitimes, et de rester debout au milieu des débris de l’Empire. Dupe d’illusions dont l’éblouissait le trône , il était plus à plaindre qu’à blâmer.
Les désastres de l’armée, la perte de Poniatowski , avaient porté le découragement parmi les Polonais. Quelques chefs parlèrent d’abandonner le drapeau français pour retourner dans leur patrie. Us envoyèrent une députation à l’Empereur. Sulkowski, nommé leur général en chef, rapporta sa réponse. Il exigeait seulement des Polonais, qu’ils le reconduisissent jusqu’au Rhin ; alors ils seraient libres de retourner dans leur pays , et de partager la destinée de leur roi. Les Polonais suivirent le mouvement de l’armée.
Après avoir passé Fulde, ils atteignirent l’Empereur. Il réunit les officiers, au nombre d’une centaine, sur un tertre écarté de la route. Après les avoir loués de la loyauté avec laquelle ils s’étaient
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conduits envers lui , et de la résolution qu’ils avaient prise de l’accompagner jusqu’au Rhin, il leur donna des conseils, et chercha à les dissyader du projet par eux formé de retourner dans leur pays. Cette allocution amena des reproches sur ce que Napoléon n’avait pas, en i8ia, rétabli hautement la nation polonaise , et des explications de sa part sur les motifs qui en avaient empêché.
Un Polonais lui demanda comment il considérerait le corps, s’il le suivait en France, il répondit: Comme un corps allié, comme les troupes du duché de Varsovie, comme les représentans de leur nation. A ces mots ils s’écrièrent vive V Empereur! et lui promirent de ne plus le quitter.
L’armée partit d’Erfurt, le a5 , et arriva, le a8, à Schluctern, inquiétée seulement par les cosaques. En continuant sa route, le aq, de Schluctern à-Hanau, l’Empereur fut instruit que déjà les Austro-Bavarois occupaient en force cette ville; dans la journée, ils y furent tous réunis. On a dit qu’il lui restait encore quatre-vingt mille hommes, sans compter vingtcinq mille traîneurs ou blessés, ce calcul paraît exagéré; mais il n’en avait pas le tiers sous sa main; le reste était en arrière jusqu’à Fulde. Wrède, avec cinquante mille hommes , était au débouché de la forêt de Lamboi , adossé à la Kinzig. Il n’y avait pas à hésiter : il fallait tomber dessus avant que les forces coalisées, qui pressaient en flanc et en queue, ne vinssent prendre part au combat.
IjC 3o au matin, l’Empereur jeta en tirailleurs