CHAPITRE XCIV
se rendraient sur-le-champ, sans cependant que les négociations suspendissent le cours des opérations militaires.
Saint-Aignan arriva le 1 5 à Paris. Maret écrivit , le 16, à Mettemich. L’Empereur indiquait Manheim pour la tenue du congrès. Caulaincourt s’y rendrait, comme son plénipotentiaire, au jour qu’indiqueraient les puissances. Une paix sur la base de l’indépendance de» toutes les nations , tant sous le point de vue continental que sous le point de vue maritime, avait été l’objet constant des désirs et de la politique de l’Empereur. Il concevait un heureux augure du rapport qu’avait fait Saint-Âignan de ce qui avait été dit par le ministre d’Angleterre.
Une tempête éclata contre Maret. On l’accusait d’avoir empêché l’Empereur de signer la paix au congrès de Prague. Avec un prince, tel que Louis XIII ou Louis XV, l’accusation aurait pu avoir quelque fondement, avec Napoléon elle n’était pas présentable. On la propagea dans les salons , dans le public. On en effraya Napoléon; on lui représenta qu’avec cette opinion bien ou mal fondée Maret n’était pas propre à traiter de la paix, que tant qu'il serait chargé des relations extérieures, on ne croirait pas que l’Empereur la voulût sincèrement. Il céda à ces clameurs. On a dit qu’il proposa le ministère à Talleyrand qui le refusa probablement, parce qu’il jugeait la situation désespérée. Avec les projets de restauration qu’il nourrissait , il n’eût pas rejeté cette offre si elle lui eût été faite. Mais dans les conversations de Franc-
fort avec Saint-Aignan, la Russie et l’Autriche avaient fait un houra en faveur de Caulaincourt , comme le plus propre par la bienveillance , dont l’honotaient et empereurs et ministres à arranger bien vite les affaires. Il fut nommé, le ao novembre, ministre des relations extérieures. Maret ne fut pourtant pas entièrement écarté; il reprit le poste de ministre secrétaire d’état. Peut-être le ministre des temps prospères, ne convenat-iil plus à celte époque de revers; mais cette mutation fut le résultat d’une intrigue dirigée par Talleyrand, ennemi déclaré de Maret, et conspirant la perte de Napoléon. Il avait formulé ses espérances par ce jeu de mots : c’est le commencement de la fin. Il observait les évènemens pour en profiter. Son salon était le rendez-vous des conspirateurs. Il était en relations avec les souverains alliés. Le duc de Dalberg était chargé de la correspondance. Napoléon se livrait à ses ennemis. Caulaincourt ne voulait pas le trahir, mais il avait de la déférence pour Talleyrand , et il était sous le charme de l’empereur Alexandre.
Avant que ce changement ministériel fut connu des coalisés, Metternich répondit à la dépêche de Maret. Les trois souverains avaient vu avec satisfaction que l’entretien confidentiel avec Saint-Aignan avait été regardé par Napoléon comme une preuve de leurs intentions pacifiques. Animés d’un même esprit, invariables dans leur point de vue , et indissolubles dans leur alliance, ils étaient prêts à entrer en négociation , dès qu’ils auraient la certitude que