‹ Le Consulat et l'EmpireChapitre 181 sur 300 · CHAPITRE XCIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XCIV

Napoléon admettait les bases générales et sommaires indiquées dans l’entretien avec Saint-Aignan. Dans la lettre de Maret, il n’était fait aucune mention de ces bases. Elle se bornait à exprimer un principe partagé par tous les gouvernemens de l’Europe. Ce principe toutefois, vu sa généralité, ne pouvait remplacer des bases. Les souverains desiraient que Napoléon voulût s’expliquer à ce sujet, comme seul moyen d’éviter que, dès l’ouverture des négociations, d’insurmontables difficultés n’en entravassent la marche. Le choix de la ville de Manheim semblait aux alliés ne pas présenter d’obstacles, (i)

Caulaincourt s’empressa de répondre que Napoléon adhérait aux bases générales et sommaires, qu’il ferait sans regret les grands sacrifices qu’elles entraîneraient de la part de la France, si, par des sacrifices semblables, l’Angleterre donnait les moyens d’arriver à une paix générale et honorable pour tous. (2)

Jusque-là les dispositions réciproques, semblaient la promettre. Mais quinze jours s’étaient passés. En adhérant dès le 1 6 aux bases générales et sommaires, Napoléon aurait évité cette perte de temps et peut-être ses graves conséquences. Du moins on lui en a fait un reproche. La réponse est facile. Par sa lettre du 2 5, loin d’opposer une fin de non-recevoir, Metternich écrivait que les puissances étaient prêtes

‘ Lettre du a 5 novembre.

3 Lettre du i décembre.

EMPIRE. — AN l8l3.

à entrer en négociation dès qu’elles auraient la certitude que Napoléon admettait les bases. C’était de leur part un engagement d’attendre au moins pendant le temps nécessaire pour que cette admission leur arrivât. Mais la lettre du a 5 n’était pas encore parvenue à Paris, qu’il s’opéra un changement total dans les dispositions pacifiques des puissances, si toutefois elles avaient été un seul instant sincères. Ce changement a été attribué à diverses causes. Le ministère anglais ne voulait , à aucun prix, laisser à la France la Belgique et Anvers. L’empereur de Russie et l’empereur d’Autriche consentaient à ne pas contrarier l’Angleterre, pourvu qu’elle laissât l’un maître en Italie et l’autre à Varsovie. Des agens , expédiés à Francfort par les conspirateurs de Paris, encouragèrent les souverains à pousser jusqu’à la capitale. La perspective d’y entrer triomphans les flattait et surtout Alexandre. Le i*'' décembre, ils publièrent à Francfort leur fameuse déclaration.

D’après ce manifeste , le gouvernement français venait d’arrêter une nouvelle levée de trois cent mille hommes; les motifs du sénatus-consulle renfermaient une provocation aux puissances alliées. Elles se trouvaient appelées de nouveau à promulguer à la face du monde les vues qui les guidaient , les principes qui étaient la base de leur conduite, leurs vœux et leurs déterminations. Elles ne faisaient point la guerre à la France , mais à cette prépondérance hautement annoncée que , pour le malheur de la France et de l’Europe, l’Empereur Napoléon avait trop long-temps

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