CHAPITRE XCIV
exercée hors des limites de son empire...» , Les souverains alliés desiraient que la France fût grande, forte et heureuse , que le commerce et les arts , ces bienfaits de la paix y fussent florissans; que son territoire conservât une étendue qu’elle n’avait jamais connue sous ses rois,parce que la puissance française grande et forte, était, en Europe, une des bases fondamentales de l’édifice social; parce qu’un grand peuple ne saurait être tranquille qu’autant qu’il était heureux; parce qu’une nation valeureuse ne pouvait déchoir pour avoir , à son tour , éprouvé des revers dans une lutte opiniâtre et sanglante où elle avait combattu avec son audace accoutumée. Mais les puissances aussi voulaient être heureuses et tranquilles ; elles voulaient un jétat de paix qui, par ime sage répartition de forces, par un juste équilibre, préservât désormais leurs peuples des calamités sans nombre qui, depuis vingt ans, avaient pesé sur l’Europe. Elles ne poseraient donc pas les armes avant que son état politique ne fût de nouveau raffermi, avant que des principes immuables n’eussent repris leurs droits sur de vaines prétentions, avant que la sainteté des traités n’eùt enfin assuré une paix véritable à l’Europe.
La levée des trois cent mille conscrits n’était qu’un mauvais prétexte, elle devait être connue lorsque Metternich écrivait sa lettre du i5 novembre. Devant toute l’Europe marchant en armes, la France ne pouvait pas rester désarmée. Au lieu de ses limites , tracées avec précision par les bases sommaires , ce n’étaient plus que de vagues promesses.
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Le vrai but de la déclaration était, par des assurances trompeuses et de vaines flatteries, de séparer la France de Napoléon dans un moment où leur union était plus que jamais nécessaire. Les puissances profitaient de leurs avantages, employaient toutes sortes de moyens. Si c’était leur droit, du moins on ne peut pas contester qu elles ne voulaient plus la paii, et que, dès ce moment, elles étaient résolues à détrôner l’Empereur , et à refouler la France dans ses anciennes limites. La négociation ne fut donc plus qu’un moyen de parvenir plus facilement à ce but, une comédie politique comme celle de Prague.
Pendant cette première ouverture, les hostilités n’avaient pas cessé. Les opérations militaires avaient continué sur l’Oder, sur l’Elbe, en Espagne, en Italie. Nous les retracerons succinctement jusqu’à la fin de l’année , avant de commencer le récit de l’invasion du territoire français , de la campagne de France.
Après la bataille de Leipzig , les coalisés divisé- i rent leurs forces; tandis qu’une partie poursuivait l’armée française et marchait sur le Rhin , l’autre se portait contre les places occupées par les Français sur l’Elbe et sur l’Oder, et en faisait le siège ou le blocus. Il y restait environ cent quarante mille hommes. Toutes ces garnisons, isolées, sans concert, étaient désormais inutiles à la France , et n’avaient d’autre perspective que de succomber plus ou moins glorieusement après une stérile résistance.
A Dresde , depuis la retraite de l’armée , Saint-Oyr ,
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avec ses trente mille hommes , fut abandonné à luimême , investi , par le corps de blocus augmenté de vingt-cinq raille Autrichiens, coramnndés parKlenau.
Le 1 4 octobre , en quittant Düben , l’Empereur lui avait envoyé des officiers pour lui prescrire de descendre l’Elbe, et de se réunir à la majeure partie des garnisons de Torgau et de Magdebourg. Aucun ne put arriver jusqu’à lui. Saint-Cyr prit de luimême cette résolution, mais trop tard et timidement; elle fut arrêtée, le 4 novembre, dans un conseil de guerre. Le 6, à la pointe du jour, Mouton ( Lobau ) , à la tête de dix mille hommes , sortit de la ville par la route de Grossenhain. Ils combattirent en vain pour s’ouvrir un passage; n’étant pas soutenus, ils rentrèrent dans la place; dix jours plus tôt , ils auraient réussi. La disette et la misère y étaient extrêmes , et y causaient une grande mortalité : alors commencèrent des pourparlers pour la reddition de la place. Le 1 1 , une convention fut signée avec le général autrichien Klenau et le général russe Tolstoï. La garnison française se retirait librement en France, elle sortait de la ville avec armes et bagages, elle déposait ses armes devant les fortifications, excepté six cents hommes, qui les conser- . valent avec deux canons; elle ne pouvait servir qu’après avoir été échangée. Le la, les Français commencèrent à sortir et déposèrent les armes; plusieurs soldats les jetèrent ou les brisèrent , en s’écriant :
« Napoléon vit encore ». La garnison était composée de onze généraux de division, vingt généraux
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de brigade, mille sept cent vingt-huit officiers, vingt-sept mille sept cent quatorze soldats, dont six mille restèrent aux hôpitaux. L’évacuation de la ville dura trois jours ; à peine fut-elle effectuée qu’on reçut la nouvelle que le prince Schwarzenberg avait refusé de ratifier la convention , et donné l’ordre au général Chasteler de remettre le maréchal Saint-Cyr en possession de Dresde : il était impossible de rétablir les choses dans leur état antérieur, l’ordre était inexécutable , l’honneur défendait au maréchal de consentir à l’infâme violation d’une convention valablement contractée d’après les lois de la guerre. Il resta donc prisonnier avec son corps d’armée.
L’armée de Bernadotle, jugée inutile à la poursuite des Français , fut disloquée. Le corps de Tauenzien l’avait déjà quittée pour bloquer Wittenberg; Bulow fut détaché en Westphalie jusqu’aux conBns de la Hollande; Wintzingerode, avec des Russes, prit la même direction. Bemadotte réunit le corps russe de Beningsen à ses' Suédois , et se porta sur le Bas-Elbe pour joindre Walmoden, détacher le Danemark, et soumettre Hambourg.
Depuis le i8 août, cinq jours avant la défaite d’Oudinot à Gross-Beeren , Davoust resta sans communication avec l’Empereur , inactif dans son cami) retranché de Stecknitz , et laissa battre par Walmoden la division Pêcheux. Conformément à ses instructions générales , il mit Hambourg en état de le recevoir, si les évènemens de la guerre le forçaient
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