chapitre XCIV
Rapp répondit qu’il s’en tenait strictement à la capi- * tulation qu’il ne regardait pas comme anéantie, parce qu’elle avait été violée, et qu’il l’exécuterait ponctuellement : « La force et l’abus du pouvoir pourront nous entraîner en Russie, en Sibérie, partout où l’on voudra. Nous saurons souffrir, mourir mémeÿ s’il le faut, victimes de notre confiance dans un traité solennel. L’Empereur Napoléon et la France sont assez puissans pour nous venger tôt ou tard, n La garnison française fut emmenée à Riow. Les coalisés traitèrent Rapp à Dantzig avec la même mauvaise foi que Saint-Cyr à Dresde.
Torgau fut bloqué par le corps de Tauenzien , de concert avec les Saxons qui étaient passés dans les rangs prussiens. Dans cette place étaient réunis les dépôts des hôpitaux et de la cavalerie. Outre la garnison , elle était encombrée par le grand quartier général auquel étaient réunis près de cinq mille hommes des armes du génie et de l’artillerie , sous le commandement du général Durrieu, et une foule d’équipages et d’éclopés , qui s’y étaient jetés après la bataille de Leipzig, en tout vingt-sept mille hommes. Lebrun de Villeret y commandait ^ Narbonne en était gouverneur. Une fièvre endémique y exerçait ses ravagea, et emportait jusqu’à trois cents individus par jour. Narbonne, blessé d’une chute de cheval, mourut; il fut remplacé par le général Du Taillis. Assiégés, bombardés, nuit et jour, mille hommes restaient à peine pour la défense ; tout le l este était mort ou malade ; il n’y avait plus de vi-
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* vres. La place capitula : les blessés et les non-combattans devaient rentrer en France , ils furent retenus prisonniers. Lebrun de Villeret et DuTaillis furent arrêtés et mis quelque temps au secret. Les coalisés faisaient la guerre en sauvages.
A Wittenberg, resserré par les Prussiens, le général La Poype fit une belle défense, et ne capitula qu’à la dernière extrémité. La capitulation fut encore violée, et la garnison emmenée en Prusse et en Russie.
Stettin , Modlin , Zamosc , la citadelle d’Elurt se rendirent.
Custrin , défendu par Former d’Albe , ne fut qu’investi ; sa position <dans une île de l’Oder, en rendait le blocus aussi aisé que l’attaque difficile. Les Prussiens ne se souciaient pas de déruire leurs places , certains qu’avec le temps ils les réduiraient par famine.
A Glogau , cette considération les détermina à se borner aussi à un blocus. Sur cinq mille hommes dont se composait la garnison , le gouverneur fut obligé d’en renvoyer la moitié, formée de troupes allemandes , espagnoles , illyriennes.
Excepté ces deux places et Hambourg qui se soutinrent jusqu’à la fin de la lutte, la France avait àpeu-près perdu tout ce qu’elle occupait sur l’Elbe et sur l’Oder.
Magdêbourg , défendu par une forte garnison, ne fut que bloqué , d’abord par Benigsen , ensuite par des milices prussiennes. Une petite guerre
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sans intérêt se fit tout l’IiiTer sous ses murs.
En présence de l’invasion formidable qtii menaçait la France, les conquêtes n’étaient plus qu’un objet secondaire, ou plutôt un embarras. Jamais il n’eût été plus nécessaire de rassembler toutes des forces éparses. Le grand Empire était aventuré, il ne fallait plus penser qu’à l’ancien territoire, et, pour le sauver, y établir son camp et y concentrer la guerre. Napoléon aurait dû reprendre le système auquel le général Bonaparte avait dû ses victoires. Il aurait fallu pour cela une prévoyance qui n’était pas compatible avec sa fierté. Craignant de mettre à nu sa détresse , il avait voulu paraître fort partout, et ne prit son parti que lorsqu’il n’était plus temps.
En Espagne, depuis la retraite de l’armée française sur les Pyrénées, et que Soult en avait pris le commandement, les Anglo-Espagnols avaient continué leurs succès; Saint-Sébastien et Pampelune avaient succombé; l’Espagne recueillait les fruits de sa longue résistance. Son territoire était délivré et la France à son tour menacée d’invasion; les Anglais s’en sont attribué tout l’honneur, sans eux l’Espagne aurait été subjuguée. Les Espagnols, au -contraire, se vantent d’avoir, par leur persévérance et leur dévoûment, fondé la gloire des armes britanniques; chacune des parties à raison. U ne fallait pas moins que le concours de la tactique et de l’insurrection pour l’affranchissement de la péninsule; encore ne se serait-il pas accompli sans les résultats
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désastreux des campagnes de i8ia et i8i3 dam le nord. Après plusieurs mois de combats qui ne furent pas sans gloire pour 1^ armes françaises, et où Soult avait disputé pied à pied le terrain, il fut obligé de se retirer dans le camp retranché de Bayonne.
Après la campagne de Russie, après la rupture «lu congrès de Prague , immédiatement après la bataille de Leipzig, il avait été question de renvoyer Ferdinand en Espagne. On avait l’espoir mal fondé que sa seule présence arrêterait la marche des Anglais ou leur donnerait de l’occupation, et qu’on en retirerait une armée de cinquante mille hommes. En supposant que cela n’empêchât pas Wellington de continuer la guerre, on acquérait toujours des forces qui n’étaient plus d’aucune utilité dans les places où elles tenaient garnison. L’Empereur, diton, ne le voulut pas; il ne s’y décida qu’après son retour à Paris. Maret fut chargé de la négociation; on envoya à Valençay Laforét, sous un nom supposé, pour que la chose restât secrète. L’Empereur écrivit à Ferdinand. Les circonstances dans lesquelles se trouvaient son Empire et sa politique lui faisaient desirer de terminer d’une seule fois les affaires d’Espagne; l’Angleterre y fomentait l’anarchie et le jacobinisme, travaillait à détruire la noblesse pour établir une répubUque. Il ne pouvait voir qu’avec la plus grande peine la destruction d’une nation si voisine de son Empire, et avec laquelle il avait tant d intérêts maritimes communs. Il desirait donc ôter tout prétexte à l’influence anglaise et rétablir les