‹ Le Consulat et l'EmpireChapitre 192 sur 300 · CHAPiTRE XCV · texte numérisé non relu

CHAPiTRE XCV

avec reniiemi, il en fut empêché par le colonel Armandi, commandant de Forli. Le prince Eugène ordonna qu’on ne permît à aucun officier étranger de traverser ses avant-postes. Le préfet du Rubicon réprimanda sévèrement les autorités civiles et militaires pour avoir favorisé le passage à l’ennemi du secrétaire du roi. « Quand les troupes napolitaines, écrivit Eugène à l’Empereur, seront eii ligne et en face de l’ennemi, elles feront ce quelles voudront et ce que je ne pourrai empêcher. Je n’ai jusqu’à ce moment rien fait qui puisse donner de l’ombrage au roi , carj’aurais été peiné qu’une de mes demandes eût pu être un prétexte, pour lui, de rompre en visière à votre majesté. Cependant nous arrivons bientôt au terme où il sera difficile de ne pas prendre un parti définitif. Je crois devoir attendre seulement que le roi ait tout-à-fait jeté le masque.»

Le même jour il le jetait, non pas encore en Italie, mais dans une lettre à l’Empereur même, en réponse à celle du 4 décembre.

Son mouvement ayant suspendu ceux des ennemis , il avait rempli le but que l’iimpereur lui avait d’abord indiqué. Il refusait de passer le Pô et de . marcher sur la Piave. De Bologne, il surveillait ses états menacés par les Anglais , et contenait toute l’Italie méridionale. Il avait fait pour la France, pour l’Empereur, tout ce qu’il pouvait. Il avait rempli son devoir comme Français, comme ami, comme beau-frère. Il se devait à ses peuples, il devait songer à conserver son royaume. Il avait indi-

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qué le seul moyen qui restait à prendre; l’Empereur l’avait dédaigné , ou du moins avait gardé le silence, ce qui indiquait que ce plan n’entrait pas dans ses combinaisons. Ce moyen était la proclamation de l’indépendance de l’Italie en une seule puissance ou deux, qui auraient le Pô pour limite. Il répondait que les Autrichiens ne passeraient pas l’Adige , si l’Empereur mettait à sa disposition les provinces en deçà du Pô. Sans cela l’Italie était perdue. Il attendrait une réponse à Florence ou à Bologne. Il partait le lendemain pour aller se mettre à la tête de son armée. >

Le roi ne partit pas encore : Fouché était alors à Naples. Obligé d’évacuer l’Ulyrie dont il était gouverneur, il avait reçu de l’Empereur le gouvernement de Rome, et, dans cette ville, la mission d’aller trouver Murat pour le maintenir dans les intérêts de la France. Quelle influence eut-il sur les déterminations du roi? on l’ignore; mais Fouché était ennemi de Napoléon. On a publié ‘ une lettre dans laquelle, de retour à Rome, il rendait compte dè sa mission. On n’y voit que les causes du mécontentement de Murat, ses embarras, ses incertitudes, et le conseil pressant donné à l’Empereur par son envoyé de renoncer à toutes ses conquêtes et de faire à tout prix la paix. Cette lettre, si elle n’a pas été faite après coup, n’apprend rien.

' Lettre du 3 5 décembre.

’ Mémoires de Fouché, t. 11, p. i4 '-

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