CHAPITRE XCV
Zurich; l’acte de médiation fut aboli, la Suisse se joignit à la coalition. ' '
Les Autrichiens passèrent le Rhin dans la nuit du 20 au ai à Bâle et successivement tant par cette ville que par Schaffouse et Laufenbourg. Schwarzenberg répandait des proclamations. 11 déclarait aux Français que les coalisés ne leur faisaient pas la guerre, mais qu’ils repoussaient loin d’eux le joug que le gouvernement impérial voulait imposer à leur pays; que la seule conquête qu’ils ambitionnaient était celle de la paix, d’une paix qui assurât à l’Europe et à la France un véritable état de repos. L’empereur Alexandre, instruit à Carlsruhe du passagede Schwarzenberg, s’exprima, dit-on, avec véhémence contre cette violation de la foi donnée ; mais il fut bientôt apaisé par son résultat; car les Autrichiens envahirent toute la frontière depuis Bâle jusqu’à Genève. Ils investirent Huningue et Béfort, poussèrent à Porentrui, s’emparèrent des forts de Landscrone et Blamont , les firent sauter et entrèrent à Colmar. Milhaud les attaqua et après un combat très vif les chassa de cette ville et les repoussa jusqu’à Ensisheim. Le général Bubna se porta sur Genève , le préfet Capelle avait décampé, le général Jordis, commandant, fut frappé d’apoplexie; son successeur effrayé évacua la ville, les magistrats en portèrent les clefs à Bubna.
Après avoir attendu que Schwaraenberg eût effectué son passage par la Suisse, l’armée de Silésie passa le Rhin depuis Manheim jusqu’à Coblentz.
Blücher lança aussi sa proclamation. Il recommandait aux habitans de demeurer tranquillement chez eux, aux employés de rester à leur poste , de continuer leurs fonctions; il ordonnait que toute communication cessât avec l’empire français, et déclarait que ceux qui ne se conformeraient pas à cet ordre seraient coupables de trahison envers les puissances alliées ; qu’il les ferait traduire devant un conseil de guerre et punir de mort. Lés actes suivaient les menaces. On enlevait des préfets, on pillait les villes qui opposaient de la résistance. Les armées alliées à mesure qu’elles s’avançaient sur plusieurs lignes qui se succédaient, inondaient le territoire. Les faibles corps d’armée français ne pouvant se présenter en bataille rangée devant un ennemi trop supérieur, étaient obligés de se retirer en lui disputant le terrain.
Jusqu’au mois de janvier, il n’y eut que des manœuvres, des escarraoucbes , des engagemens partiels qui ralentissaient les progrès des alliés, mais qui ne les arrêtaient pas. La situation devenait inquiétante. Il est vrai que pendant ce temps-là l’armée française recevait des renforts de l’intérieur.
Un décret du 1 7 décembre ordonna la formation de quatre cent cinquante-sept cohortes de gardes nationales et de cinquante-quatre compagnies d’artillerie, au total cent quatre-vingt mille hommes, destinés à la garde des places fortes , et à la police de villes ouvertes les plus considérables.
Le 19 décembre, l’Empereur 6t l’ouverture duCorps- Législatif. Le sénat et le conseil d’état y assistaient.
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« D’éclatantes victoires, leur dit-il, ont illustré les armes françaises dans cette campagne; des défections sans exemple ont rendu ces victoires inutiles: tout a tourné contre nous ; la France même serait en dangersans l’énergie et l’union des Français. Dans ces grandes circonstances, ma première pensée a été de vous appeler près de moi : mon cœur a besoin de la présence et de l’affection de mes sujets. Je n’ai jamais été séduit par la prospérité; l’adversité me trouverait au-dessus de ses atteintes. Fai plusieurs fois donné la paix aux nations lorsqu’elles avaient tout perdu. D’une part de mes conquêtes j’ai élevé des trônes pour des rois qui m’ont abandonné. J’avais conçu et exécuté de grands desseins pour le bonheur du monde — Monarque et père, je sens que la paix ajoute à la sécurité des trônes et à celle des familles— Rien ne s’oppose de ma part au rétablissement «le la paix. Je connais et je partage tous les sentiinens desFrançais;jedis desFrançais, parce qu’il n’en est aucun qui désirât la paix au prix de l’honneur. »
Après avoir rappelé l’état des négociations, et annoncé la communication des pièces-: «Vous êtes , dit-il , les organes naturels de ce trône : c’est à vous de donner l’exemple d’une énergie qui recommande notre génération aux générations futures. Qu’elles ne disent pas de nous : ils ont sacrifié les premiers intérêts du pays! ils ont reconnu les lois que l’Angleterre a cherché en vain , pendant quatre siècles , à imposer à la France ! Mes peuples ne peuvent pas craindre que la politique de leur empereur trahisse
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jamais la gloire nationale. De mon côté j’ai la confiance que les Français seront constamment dignes d’eux et de moi. »
Communiquer les pièces d’une négociation , c’était de la part du pouvoir une condescendance inaccoutumée; malgré la noble fierté de son langage, il descendait de sa hauteur, suppliait et prêtait le flanc. Deux commissions furent nommées : celle du sénat fut composée de Fontanes , Talleyrand , Saint-Marsan, Barbé-Marbois , .Beurnonville; celle du Corps-Législatif de Raynouard, Lainé, Gallois, Flaugergues, Maine de Biran. Parmi ces hommes, la plupart n’étaient pas plus en état de répondre aux vues de l’Empereur qu’aux besoins de la situation où se trouvait la France. Il y avait des ennemis de Napoléon, des flatteurs qui ne pensaient qu’à conserver leur fortune, des personnages élevés par la révolution, sans l’avoir embrassée, quelques honnêtes gens, incapables de trahison , mais aussi d’énergie et de dévoûment à la cause nationale.
Cependant, rapporteur de la commission du sénat, Fontanes remplit assez dignement sa tâche. Après l’expression habituelle de ses hommages et de son admiration pour les institutions monarchiques, le trône et Napoléon, il caractérisa parfaitement les actes des puissances, en démontra le but perfide, et leur opposa les intentions vraiment pacifiques de l’Empereur; Il rappela au peuple ce qu’il se devait à lui-même, ce qu’il devait au monarque. Trentesix millions d’hommes ne pouvaient trahir leur gloire
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