‹ Le Consulat et l'EmpireChapitre 197 sur 300 · CHAPITRE XCV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XCV

et leur destinée; la France avait reçu quelques atteintes, mais elle était loin d’être abattue. Le découragement dans le malheur serait encore plus inexcusable que la jactance dans le succès. Ainsi donc-, en invoquant la paix , les préparatifs militaires devaient être partout accélérés, et soutenir la négociation.

« Rallions-nous , termina le rapporteur, autour de ce diadème où l’éclat de cinquante victoires brille à travers un nuage passager. La fortune ne manque pas long- temps aux nations qui ne se manquent pas ;i elles-mêmes. »

Le sénat délibéra une adresse à l’Empereur. On y disait : « La paix est le vœu de la France et le besoin de l’humanité. Si l’ennemi persiste dans son refus, ch bien , nous combattrons pour la patrie entre les tombeaux de nos pères et les berceaux de nos enlans. »

L’Empereur répondit : « Les sacrifices que comportent les bases préliminaires proposées par l’ennemi,et que j’ai acceptées, je les ferai sans regret; ma vie n’a qu’un but, le bonheur des Français. Cependant le Béarn, l’ Alsace, la Franche-Comté , le Brabant, sont entamés; les cris de cette partie de ma famille me déchirent Time! J’appeUe les Français au secours des Français; j’appelle les Français de Paris, de la Bretagne, de la Normandie, de la Champagne, de la Bourgogne et des autres départemens, au secours de leurs frères ! Les abandonnerons-nous dans leur malheur? Paix et délivrance de notre territoire doit

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être notre cri de ralliement. A l’aspect de tout ce peuple en armes, l’étranger fuira on signera la paix sur les bases qu’il a lui-même proposées. Il n’est plus (question de recouvrer les conquêtes que nous avions faites. »

Il n’y avait, dans le langage du sénat, rien qui pût le faire soupçonner capable d’opposition , et encore moins de défection. Napoléon n’était pas encore tombé assez bas.

Au Corps-Législatif, les choses ne se passèrent pas aussi tranquillement. Après la communication des pièces , des discussions s’établirent dans la commission sur le but de la guerre, et sur les conditions nécessaires pour la nationaliser. Raynouard et Lainé , avec une grande vivacité d’expression , demandèrent en échange des sacrifices imposés à la nation, que les bases des libertés publiques fussent posées. Laîné fut chargé du rapport, et le fit dans une séance secrète, le a8.

Pour empêcher la patrie d’être la proie de l’étranger, il faudrait, dit-il, rendre la guerre nationale. Pour l’espérer, il était désirable d’unir plus étroitement la nation et son monarque. C’était un besoin d’imposer silence aux ennemis, sur leurs accusations d’agrandissement; il y aurait une véritable grandeur à les désabuser par une déclaration formelle de ne continuer la guerre que pour l’indépëndance du peuple français et l’intégrité de son territoire. C’était au gouvernement à proposer les moyens de répousser l’ennemi et d’asseoir la paix sur des

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