CHAPITRE XCV
destinées , je considérai les lois qu’il me dodnait pour le régir; si je les avais crues insuffisantes, je n’aui-ais pas accepté. Qu’on ne pense pas que je sois un Louis XVI; pour avoir été empereur, je n’ai pas cessé d’étre citoyen. Si l’anarchie devait être de nouveau consacrée, j’abdiquerais, pour aller dans la foule, jouir de ma part de souveraineté, plutôt que de rester à la télé d’un ordre de choses où je ne pourrais que compromettre chacun, sans pouvoir protéger personne. Du reste, ma détermination est conforme à la loi; si tous veulent aujourd’hui faire leur devoir, je dois être invincible derrière elle, comme devant l’ennemi. » '
. Le lendemain, i"' janvier, à la réception des autorités aux Tuileries, Napoléon s’emporta dans une allocution violente contre le Corps-Législatif.
«Messieurs, vous pouviez faire du bien et vous n’avez fait que du mal.
« Les onze douzièmes d’entre vous sont bons, les autres sont des factieux.
Qu’espériez-vous en vous mettant en opposition ? vous saisir du pouvoir ? mais quels étaient vos moyens? Etes-vous représentans du peuple? je le suis, moi : quatre fois j’ai été appelé par la nation, et quatre fois j’ai eu les votes de cinq millions de citoyens pour moi. J’ai un titre et vous n’en avez pas; vous n’ètes que les députés des départemens de l’Empire.
« Votre commission a été conduite par l’esprit de la Gironde et d’Auteuil. M. Lainé est un conspirateur, un agent de l’Angleterre, avec laquelle il est
en correspondance par l’intermédiaire de l’avocat Desèze : les autres sont des factieux.
« Je suivrai de l’œil M. Laîné, c’est un méchant homme.
a Votre rapport est rédigé avec une astuce et des intentions perfides dont vous ne doutez pas. Deux batailles perdues en Champagne eussent fait moins de mal.
« J’ai sacrifié mes passions, mon orgueil, mon ambition au profit de la France; je m’attendais que vous m’en sauriez quelque gré, et lorsque j’étais disposé à faire tous les sacrifices, j’espérais que vous m’engageriez à ne pas faire ceux qui ne seraient pas compatibles avec l’honneur de la nation. Loin de là, dans votre rapport, vous avez mis l’ironie la {dus sanglante à côté des reproches. Vous dites que l’adversité m’a donné des conseils salutaires. Comment pouvez-vous me reprocher mes malheurs? je les ai supportés avec honneur, parce que j’ai reçu de la nature un caractère fort et fier, et si je n’avais pas cette fierté dans l’âme, je ne me serais pas élevé au premier trône de l’univers.
«Cependant j’avais besoin de consolations et je les attendais de vous; vous avez voulu me couvrir de boue, mais je suis de ces hommes qu’on tue et qu’on ne déshonore pas.
« Était-ce par de pareils reproches que vous prétendiez relever l’éclat du trône? Au reste, qu’est-ce que le trône? quatre morceaux de bois dorés, couverts d’un morceau de velours? Le trône est dans la