‹ Le Consulat et l'EmpireChapitre 3 sur 300 · CHAPITRE LXXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXX

commerce de ses états, et pour l’admission des neutres dans ses ports , principes auxquels il ne pourrait jamais renoncer, s’obligeait, par un effet de son attachement pour l’alliance formée à Tilsit, à n’adopter aucun changement aux mesures prohibitives établies en Russie, et sévèrement observées jusqu’à présent, contre le commerce direct avec l’Angleterre; à convenir avec l’Empereur Napoléon d’im système de licences à introduire en Russie à l’exemple de la France, bien entendu qu’il n’augmenterait pas par ses effets le préjudice qu’éprouvait déjà le commerce de la Russie; à traiter, par un arrangement particulier, de certaines modifications que la France pouvait desirer, pour l’avantage de son commerce, dans le tarif des douanes de Russie de i8io; à conclure un traité d’échange du duché d’Olden- ' bourg contre un équivalent convenable. Ces condi- , tions étaient définitives. Le prince Kourakin ne pouvait y admettre aucune modification. >

Après la bataille d’Austerlitz, où l’armée russe était cernée, après la bataille de Friedland, où elle avait été défaite, Napoléon n’avait pas tenu un langage aussi impérieux; il n’y avait jamais été accoutumé. Loin d’être réduit à une situation qui justifiiât ou permît une telle exigence, il était dans la plénitude de sa puissance; ce fut donc à ses yeux comme une déclaration de guerre. Rejeter les conditions imposées par la Russie, c’était hâter la rupture ; si

LetUe da 5o avril.

EMPIRE. AN l8ia.

elle devait avoir lieu, il voulait du moins gagner le temps nécessaire à la réunion de tous ses moyens. Accepter ces conditions, c’était recevoir au fond et surtout dans la forme une loi par trop dure, pour qui l’avait si souvent dictée. Il dissimula l’offense, parut croire que Kourakin avait mal compris ses instructions, et le laissa de côté pour s’adresser directement à l’empereur Alexandre. Napoléon voulait-il sincèrement, espérait-il encore éviter une rup ture? Dès le a5 avril il avait envoyé à Pétersbourg son aide-de-camp, le comte de Narbonne, qui était à Berlin. Sa mission toute confidentielle était une continuation de celle de Czernicheff, qu’on pouvait supposer n’avoir pas été fidèlement remplie. La communication au cabinet russe des dernières ouvertures faites à l’Angleterre, servit de prétexte au voyage de Narbonne. Dans mie lettre au comte de Romanzow, le ministre Maret rappelait les griefs de la France contre la Russie et renouvelait le désir de concilier les différends.

Lorsque l’Empereur, pour s’engager dans une entreprise lointaine et périlleuse, allait abandonner pour ainsi dire la France à elle-même, elle éprouvait une de ces perturbations qui remuent facilement les peuples et produisent des désordres.

La pénurie de grains qui s’était fait sentir en i8ii , à l’entrée de l’hiver, devint encore plus sensible au commencement de 1812. Le prix du pain s éleva à un taux auquel la classe laborieuse pouvait difficilement atteindre avec le produit de son

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