‹ Le Consulat et l'EmpireChapitre 208 sur 300 · CHAPITRE XCVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XCVI

servit tout. Napoléon baserait ses instructions sur ce qu’il apprendrait des vues des alliés. Voulait-on réduire La France à ses anciennes limites? c’était l’avilir. On se trompait , si l’on croyait que les malheurs de la guerre pussent faire desirer à la nation une telle paix. Il n’était pas un cœur français qui n’en sentit l’opprobre au bout de six mois, et qui ne la reprochât au gouvernement assez lâche pour la signer. L’Italie était intacte, le vice-roi avait une belle armée; avant huit jours l’Empereur aurait réuni de quoi livrer plusieurs batailles, même avant l’arrivée de ses troupes d’Espagne. Les dévastations des cosaques armeraient les habitans et doubleraient ses .forces. Si la nation le secondait, l’ennemi marchait à sa perte ; si la fortune le trahissait , son parti était pris, il ne tenait pas au trône. Il n’avilirait ni la nation , ni lui , en souscrivant à des conditions honteuses. U fallait savoir ce que voulait Metternich. Il n’était pas de l’intérêt de l’Autriche de pousser les choses à bout. ‘

Sur ses forces, l’Empereur se livrait à des illusions qui devaient bientôt se dissiper. L’armée d’Italie n’était plus d’aucun secours; la France, prise au dépourvu, accoutumée à compter sur ses soldats, trop timidement remuée pour une aussi grande crise, travaillée par la trahison, ne paraissait guère en état de résistér à l’invasion.

Caulaincourt fut retenu aux avant-postes eune-

* Lettre du 4 janvier. ’

mis. Avant de lui envoyer des passeports, Metter> nich attendait toujours lord Castelreagh qui, chemin faisant, commençait par restaurer la maison d’Orange en Hollande, préludant ainsi à la restauration des Bourbons en France. Ce fut, c’était toujours le but de la coalition, le vœu le plus ardent de l’aristocratie anglaise. Castelreagh venait de l’exprimer à Pozzo-di-Borgo , qui avait été envoyé de Francfort à Londres. Cet ennemi mortel de Napoléon, avait visité les princes français, et leur avait donné de grandes espérances. Cependant l’empereur d’Autriche écrivait à Marie-Louise, et lui protestait que, quels que fussent les'évènemens, il ne séparerait jamais la cause de sa fille et de son petit-fils, de celle de la France. Mais son ambassadeur Schwarzenberg avait dit à Maret que la politique avait fait le mariage , et que la politique pouvait le défaire. L’empereur François l’avait représenté comme un sacrifice pénible à son cœur. Il écrira ce qu’il voudra; quand même il serait de bonne foi , ce qu’on ne croit pas, , sa parole paternelle et royale ne prévaudra pas contre la volonté de son ministre. Napoléon ne l’avait pas calomnié à Dresde, il était dès-lors acquis à l’Angleterre; il était incarné avec la coalition.

L’assurance donnée par l’empereur d’Autriche ayant trait aux projets conçus en faveur des Bour- i bons , Napoléon pensa qu’il importait de ne montrer, à cet égard, aucune crainte, et de faire entendre que les Bourbons, mis en avant, ne serviraient qu’à réveiller des sentimens bien opposés aux

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