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CHAPITRE XCVI

l’objet d’une négociation. Eugène pouvait bien dans im naufrage réver une royauté en Italie ; Murat ne visait k rien moins qu’à régner sur toute la péninsule. Tous lui promettaient l’indépendance sans la définir. L’Autriche lui présentait son joug au lieu de celui de Napoléon. Le prince Eugène restait comme vassal de son père adoptif. Murat entendait se soustraire à toute influence de la France et de l’Autriche. Napoléon seul ne promettait rien et ne s’expliquait pas. L’embarras aurait été grand pour les Italiens, s’ils avaient eu à choisir. Ils n’en eurent pas la peine. La guerre décida de leur sort , et de tous les esclavages leur infligea le plus lourd.

Toujours bon Français, bon parent, mais, d’un autre côté, roi de deux jours, déjà vivement épris de sa couronne , de l’esprit dynastique , de l’intérêt de sa famille, Murat hésitait, déchiré par deux sentimens opposés , inconciliables. Enserré par l’Autriche et l’Angleterre, il se faisait illusion. Dès qu’il avait prêté l’oreille à leurs insinuations, il s’était, à son insu, mis dans leur dépendance. Pour rester fidèle à la France, demander comme condition eine quà non à un homme comme l’Empereur l’autorisation de proclamer l’indépendance de l’Italie, c’était demander l’impossible. Lorsque l’Empereur aurait abdiqué sa couronne de fer au profit de Murat, il était très douteux que les Italiens eussent consenti à la placer sur la tête du roi de Naples. Pour la saisir malgré eux, il n’était pas de force. Il se serait probablement trouvé, comme il lui arrivera en i8i5.

49a EMPIKE. AN 1814.

dans l’impossibilité de nationaliser la guerre , et par conséquent de résister à la supériorité de l’Autriche.

Que l’on proclamât ou non l’indépendance de 11talie, une diversion en faveur de la France exigeait l’union intime et le concours sincère de Murat et du prince Eugène combattant tous les deux au nom de Napoléon et comme ses lieutenans. Cette union était impossible ; déjà divisés par de vieilles rivalités de familles , ils ne pouvaient s’accorder sur la question du commandement. Le roi n’aurait pas obéi au vice- roi. Celui-ci, représentant l’Empereur, ne se serait pas mis, avec une armée française, aux ordres de Murat , d’un prince se disant étranger. Ils en étaient si convaincus, qu’il n’en fut pas question entre eux. Sur ce point , l’Empereur ne s’était point expliqué, se réservant, malgré l’éloignement de ces deux armées indépendantes, de diriger lui-meme leurs mouvemens. Une réunion de circonstances fatales dominait les affaires en Italie. Le caractère de Murat, ses inquiétudes, ses prétentions, ses embarras, se peignaient parfaitement dans sa correspondance.

Lorsque, par sa lettre, du 2 5 décembre, il se flattait encore de sauver l’Italie , il ne le pouvait plus. D’abord il n’était plus à temps de recevoir une réponse de l’Empereur , et il était obsédé par les ennemis. Quelques jours après, le comte de Neyperg, plénipotentiaire autrichien , était arrivé à Naples pour proposer un traité d’alliance, et porteur d’une lettre de l’empereur d’Autriche on ne peut pas plus flatteuse. On en négociait les conditions.

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