‹ Le Consulat et l'EmpireChapitre 211 sur 300 · CHAPITRE XCVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XCVI

Le 3 janvier, Murat écrivit à l’Empereur : « Me voilà parvenu au jour le plus douloureux de ma vie; me voilà livré aux tourmens les plus pénibles qui jamais aient agité mon âme. Il s’agit de choisir : je vois d’un côté la perte inévitable de mes états, de ma famille , de ma gloire peut-être ; et de l’autre , des engagemens contraires à mon éternel attachement à votre majesté, à mon inaltérable dévoùment à la France. » Après ce début qui annonçait assez clairement le parti qu’il allait prendre , Murat développait longuement sa justification. Ses peuples voulaient la paix. L’Empereur ne lui avait donné aucun pouvoir dans les pays que l’armée napolitaine avait traversés; il n’y avait rencontré qu’oppositions et obstacles; l’autorité royale et le service avaient été compromis. Quand l’Empereur lui avait demandé de se porter sur la Piave, il n’avait pas déterminé à qui appartiendrait le commandement, lorsque son armée serait réunie à celle du vice-roi. Cependant le plus parfait ensemble, la plus parfaite combinaison des mouvemens étaient nécessaires au succès des opérations. Aux instances qui avaient été faites pour qu’un plénipotentiaire napolitain fût admis au congrès, l’Empereur n’avait pas répondu; on assurait qu’il avait proposé des stipulations contraires aux intérêts du roi de Naples. L’Empereur ne lui montrait que défiance, tandis que les puissances lui prodiguaient les marques les moins équivoques de considération, d’estime, de bienveillance, et les offres les plus flatteuses. S’il commandait à des Fran-

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fais, il hasarderait tout, il combattrait partout; à tout évènement, il tâcherait de s’ouvrir une retraite par la rivière de Gênes ; mais pouvait-il en agir ainsi avec des troupes napolitaines ? Pouvait-il se flatter de les conduire au-delà des Alpes? Malgré leur attachement pour lui, n’abandonneraient-elles pas un souverain qui abandonnerait leur patrie? Ces circonstances pouvaient lui faire un devoir d’embrasser un parti contraire aux plus chères et aux plus constantes affections de son âme. S’il en arrivait ainsi, l’Empereur devait le plaindre, car il aurait fait à ses sujets , à ses enfans, à sa couronne, le plus douloureux sacrifice qui pût lui être arraché. Enfin Murât terminait en conjurant l’Empereur de faire la paix qu’il lui avait conseillée avant la bataille de Dresde, après la bataille, en se séparant de lui, depuis son retour à Paris. Quelque détermination que la fatalité lui imposât, son cœur resterait toujours français.

Murat ne demandait pas mieux , mais il voulait, dans tous les cas , conserver son royaume. C’était impossible. Il fallait opter franchement pour la France ou pour la coalition, mêler son armée avec celle du prince Eugène, tirer au sort le commandement en chef, et se lier tête baissée à la fortune de Napoléon , ou abjurer hautement sa patrie et imiter Bernadotte. Mais Murat était un ambitieux sentimental , combattu entre son cœur et sa tête.

Le II janvier, il signa un traité de paix et d’alliance avec l’empereur d’Autriche. L’alliance avait

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