‹ Le Consulat et l'EmpireChapitre 217 sur 300 · CHAPITRE XCVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XCVI

de la guerre avait changé l’attitude de ce même prince. Si l’Empereur Napoléon n’écoutait , dans les circonstances du moment, que la voix de la raison , s’il cherchait sa gloire dans le bonheur d’un grand peuple , en renonçant à sa marche politique antérieure , l’empereur arrêterait de nouveau avec plaisir sa pensée au momeirt où il lui avait confié schi enfant de prédilection. Si un aveuglement funeste devait rendre l’Empereur Napoléon sourd au vœu unanime de son peuple et de l’Europe , l’empereur ' d’Autriche déplorerait le sort de sa fille, sans arrêter sa marche. ‘

Dans le vague de ces grands mots et de ces beaux sentimens, il était difficile de saisir ^une idée, une vue, une base. Il ne s’agissait plus, pour les alliés, de leurs propositions de Francfort; leurs prétentions avaient singubèrement grandi, depuis qu’ils avaient passé le Rhin, et qu’ils s’étaient avancés en France. Metternich, qui enlaçait Caulaincourt dans les séductions d’une correspondance confidentielle, ne s’expliquait pas. “Quétait-ce pour lui que la voix de la raison? Qu’était-ce que le vœu unanime du peuple français et de l’Europe? Certes la France et l’Europe ne voulaient pas la même chose. Il n’était pas douteux que l’empereur d’Autriche sacrifierait sa fille , son gendre et la France.

Aussi Caulaincourt, tout en montrant à Metternich une grande confiance, et en chercliant à exal-

' LeUie tlu ^^janvier.

ter le rôle prépondérant qu’il pouvait jouer daus l’œuvre de la paix, se plaignait-il de ce qu’il ne l’avait pas déjà pris ; de ce qu’il laissait un libre cours aux passions violentes des plénipotentiaires des autres puissances; de ce qu’au lieu de se présenter au congrès , il y envoyait Stadion , l’ennemi le plus im* placable de la France; de ce qu’enfin tout pourrait être décidé par les évènemens de la guerre, qui marchaient pendant le sommeil des négociations.'

Le même jour (aq janvier) que Metternich adressait à Caulaincourt des phrases si sentimentales, les bases de la négociation avaient été ainsi arrêtées, à Langres, dans une réunion des ministres des alliés, où se trouvait Metternich. Les quatre puissances, saisies de la dictature européenne, traitaient de la paix, avec la France , au nom de l’Europe ne formant qu’un seul tout; la France réduite à ses limites de 1 792 ; les arrangemens généraux de l’Europe, communiqués à Napoléon, sans en faire cependant un objet de négociation ; des instructions communes aux plénipotentiaires des quatre puissances; en cas de rupture, donner connaissance à la nation française des conditions proposées à son gouvernement.

Les arrangemens généraux de l’Europe étaient ainsi fixés : Les grandes puissances européennes, actuellement existantes, dans leur état complet d’indépendance, avec des délimitations convenues

* Lettre du 3i janvier.

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