‹ Le Consulat et l'EmpireChapitre 220 sur 300 · CHAPITRE xcvir. 5l · texte numérisé non relu

CHAPITRE xcvir. 5l

à Meaux pour armer les gardes nationales > ; il était bien temps!

Après avoir, à Troyes, donné trois jours de repos à son armée , l’Empereur évacua cette ville et arriva, le 7, à Nogent.

Les frayeurs continuaient à Paris. Joseph lui écrivait que l’ennemi était venu à La Ferté^ousJouarre, même à Meaux; l’Empereur traitait cela de vaines alarmes , et cherchait à le rassurer. Macdonald lui mandait de Châlons, le 5, qu’il couvrait les routes d’Épernay, de Montmirail et de Sézanne; deux mille hommes partaient pouroccuperSézanne;l’Empereur s’y rendrait dans la nuit pour battre et culbuter ce qui serait sur cette communication ; de là il marcherait rapidement sur la communication de Meaux. Il croyait, par ces manœuvres, avoir obligé l’armée austro-russe à se porter devant Troyes, sur Barsur-Aube, et avoir au moins trois marches sur elle.

Joseph demandait que des ordres fussent donnés à La Bouillerie pour la sûreté du trésor du domaine extraordinaire; l’Empereur ne les croyait pas nécessaires. Toutefois on pouvait, en six heures de temps, charger tout sur quinze voitures, et, avec des chevaux que fourniraient les écuries impériales, le transporter d’abord à Rambouillet; mais il ne pensait pas que les choses en fussent encore là. 11 ne craignait pas l’ennemi, il était plein d’espérance dans l’évènement.

’ Lettre à Joseph , de Troyes , 6 féTrier.

AN l8l4-

«Tenez ferme aux barrières de Paris, ajoutait-il; faites placer à chacune des principales deux pièces de canon, cinquante hommes armés de fusils d’ordonnance, cent fusils de chasse, et cent armés de piques, total deux cent cinquante hommes. Former tous les jours une réserve de cinq cents hommes armés de fusils d’ordonnance, de mille avec des fusils de chasse, de cinq cents avec des piques, pour se porter partout où il sera nécessaire, avec des batteries attelées de la garde ou de l’École polytechnique. 1

Et c’était avec de semblables moyens qu’on espérait défendre la capitale!

Le Moniteur annonçait que tout allait à merveille, que les levées d’hommes s’opéraient avec rapidité et enthousiasme; il citait la ville de Lyon, et le maire, d’Àlbon, trahissait; Bordeaux, et le parti royaliste y cor^pondait activement avec les Anglais.

> Pour exciter le patriotisme, on jouait, sur les théâtres de Paris, des pièces de circonstance; et, chose remarquable, au lieu d’en prendre les sujets dans les guerres de la révolution, on allait les chercher dans les fastes de la vieille monarchie. Cétaient l’Oriflamme, le Siège de Calais, la Rançon de Duguesclin, Bayard à Mézières, Jeanne Hachette, Philippe à Bovines, Charles Martel à Tours, Villars à Denain, comme si, depuis, la France n’avait plus eu de gloire militaire !

} 'Letti^e à Joseph, Nogeut, y février.

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cn\PiTRE xcvir.

Les divisions de garde nationale d’élite , venant à Montereau de Normandie et de Bretagne, s’étaient mises en mouvement. La division de l’armée d’Espagne, commandée par le général Levai, était arrivée à Provins , les autres suivaient. On disait , dans le bulletin , que l’exaspération des habitans était à son comble, ce qui était vrai; que toutes les mesures étaient prises pour qu’au premier mouvement rétrograde l’ennemi fût enveloppé de toutes parts; que des millions de bras n’attendaient que ce moment pour se lever; que la terre violée par l’ennemi serait pour lui une terre de feu qui le dévorerait Malheureusement il n’en était pas tout-à>fait ainsi ; les mesures avaient été partielles, timides et tardives; rien n’avait été fait en grand pour remuer, organiser et diriger les masses. L’Empereur ne les avait pas seulement appelées par une proclamation. Tout ce que les populations envahies tentaient pour nuire à l’ennemi était le résultat spontané de leur patriotisme. Le plus grand nombre, abandonnées à elles-mêmes, subissaient en rugissant le joug de l’étranger. On ne sut point, ou l’on ne voulut pas imprimer au peuple français une de ces grandes commotions qui, dans d’autres temps non moins critiques, avaient sauvé son indépendance, et dont l’étranger lui-méme avait donné l’exemple.

Cependant le congrès s’était ouvert à Ghàtillon le 5 février. Stadion y représentait l’Autriche, Rasu-

* Moniteur, lO février

5lG EMPIRE. AN l8l/[.

raowski la Russie, Huniboldt la Prusse, lord Aberdeen, lord Cathcart, sir Charles Stewart et lord Castelreagh y représentaient l’Angleterre. Ces négociateurs n’avaient qu’une seule et même instruction dressée par les ministres des quatre cours. Langage, déclarations, tout leur était dicté, remis d’avance, ils ne disaient pas un mot sans s’étre concertés. Caulaincourt trouvait sa situation extrêmement difficile ; il en était effrayé. Parti les mains presque liées, il avait reçu des pouvoirs illimités. Ou le retenait et on l’aiguillonnait. On lui laissait ignorer les motifs de ce changement. On lui faisait entrevoir des dangers , mais sans dire quel en était le degré. Dans l’ignorance où on le laissait, il marcherait avec ])récaution , comme on devait le faire entre deux écueils ; mais , à toute extrémité , il ferait tout ce que lui paraîtraient exiger la sûreté de l’Empereur et le salut du pays. *

Les anxiétés de Caulaincourt et son incertitude n’étaient que trop bien fondées ; il allait être mis * une dure épreuve. Le 7 février , les puissances demandèrent que la France rentrât dans les limites qu’elle avait avant la révolution, sauf des arrangemens d’une convenance réciproque sur des portions de territoire au-delà des limites de part et d’autre, et sauf des restitutions que l’Angleterre était prête à faire, pour l’intérêt général de l’Europe, contre les rétrocessions demandées à la France, lesquelles^

* lettre à Napoléon , du 6 féTrier.

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