CHAPITRE XCVII
restitutions seraient prises sur les conquêtes que l’Angleterre avait faites pendant la guerre; qu’en conséquence la France abandonnât toute influence directe hors de ses limites futures , et que la renonciation à tous les titres qui ressortaient des rapports de souveraineté et de protectorat sur l’Italie, l’Al- . lemagne et la Suisse , fût une suite immédiate de cet arrangement.
Caulaincourt pouvait consentir, il avait carte blanche. Embarrassé, incertain avant la proposition, il le fut encore plus après. Quel Français n’aurait pas hésité ! La trouvant trop importante pour pou- * voir y répondre immédiatement, il demanda que la séance fût suspendue. Elle fut reprise le soir.
La demande des alliés était destructive des bases proposées par eux à Francfort, et fondées sur ce ' qu’ils appelaient eux-mêmes les limites naturelles de la France. L’application du principe ne pouvait être juste, si elle n’était point réciproque et impartiale. La somme des sacrifices <jue la France était disposée à faire , dépendait nécessairement de celle ' des compensations ; il ne pouvait lui être indifférent de savoir au profit de qui tourneraient ces sacrifices, et si, en les faisant, on mettait tout de suite un terme à la guerre. Caulaincourt demanda qu’on s’expliquât sur ces divers points. Les plénipotentiaires déclarèrent qu’ils prenaient sa réponse ad refettndum.
Caulaincourt en informa l’Empereur. Continuant bénignement ses communications confidentielles
KMWRE. AM l8l4-
avec Metternich , il cherchait à l’intéresser aux destins de la France ; il le conjurait au nom de la gloire immense qu’il avait à recueillir, de se rendre mætre des évènemens, d’en arrêter le cours par une prompte paix, de venir avec Nesselrode passer trois heures à Châtillon chez lord Castelreagh, pour finir en trois heures une lutte maintenant sans objet , et qui coûtait à l’humanité tant de larmes». Si, en mettant aux pieds de Metternich la France et l’Empereur, il y avait eu quelque lueur d’espoir de le leur rendre favorable, le plénipotentiaire français aurait peut-être été excusable; mais tant d’humilité avilissait en pure perte. Le ministre autrichien, lié per/at> et nef as avec les plénipotentiaires des puissances, leur communiquait les épanchemens confidentiels de Caulaincourt pour qu’ils en fissent leur profit.
En recevant la proposition des alliés pour que la France rentrât dans ses anciennes limites, Napoléon s’indigna : en vain Maret et Berthier le conjuraient de céder à la nécessité. Il persista à regarder comme trahison et lâcheté de sa part de laisser la France plus petite qu’il ne l’avait trouvée. Maret n’en obtint que l’autorisation d’écrire à Caulaincourt dans des termes qui lui permissent de continuer la négociation. Napoléon voulut du reste que les conditions de l'ennemi fussent envoyées à Paris; que tous les membres du conseil privé se réunissent pour en
' Lettre du 8 février. ' ‘