‹ Le Consulat et l'EmpireChapitre 223 sur 300 · CHAPITRE XCVII. - 5a I · texte numérisé non relu

CHAPITRE XCVII. - 5a I

profitait de sa position de grand dignitaire pour dissimuler sa trahison. Pour lui, il ne s’agissait pas ' d’un changement de personne, d’un homme de moins; c’était tout un système nouveau auquel il ramenait la France , système imaginé par les cours de l’Europe, suivi, assoupi, repris, jamais abandonné. Talleyrand était nécessairement complice de l’étranger : autour de lui se groupaient tous les ennemis de Napoléon, tous ceux de la France, et en première ligne le parti bourbonien. Nul hommen’était plus propre à conduire un complot ourdi avec les cabinets des puissances ; il y avait conservé de nombreuses relations, et de hautes amitiés. Par sa naissance, son égoïsme impassible, son cynisme poUtique, il était digne de marcher de pair avec tout ce que l’aristocratie, la diplomatie, et les conseils des rois, renfermaient de plus distingué, de plus illustre. Le moment d’en finir était arrivé : Talleyrand se mit donc en rapport avec le congrès de Châtillon, et avec les ministres dirigeans, Metternicb et Nesselrode. Au moment où l’Empereur allait partir pour l’armée , on lui avait proposé l’arrestation de Talleyrand, ou son éloignement de Paris, comme pour Fouché en i8i3; il ne le vcAdut pas, et fit une grande faute.

Les principaux auxiliaires de Talleyrand étaient le duc de Dalberg , le marquis de Jaucourt, l’abbé de Pradt, le baron de VitroUes. Dalberg, allemand, naturalisé Français, créé duc, nommé conseiller d’état, doté de 4 millions par l’Empereur, lui devait

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toute sa fortune. Proche parent de Nesselrode, ami de Stadion, du baron de Vincent, de Mettemich,il avait une certaine influence diplomatique. Ses liaisons, ses antécédens, l’ascendant de Talleyrand çn firent un ingrat et un traître. Rien n’annonçait dans Jaucourt un conspirateur; esprit aimabfe, caractère doux et facile , c’était un de ces nobles qui s’étaient ®vec modération dans la révolution sans rompre entièrement avec le parti contre-révolutionnaire. Jaucourt n’avait rien à reprocher à Napoléon que de l’avoir fait sénateur; mais il était sous le charme de Talleyrand. L’abbé de Pradt, noble, et de plus prêtre, était doublement contre-révolutionnaire; écrivain et parleur infatigable, esprit remuant , sans suite dans ses idées , dans ses principes, véritable brouillon en politique, grand admirateur de Napoléon , son aumônier, élevé par lui à la première dignité de l’épiscopat, trouvant tout simple de trahir, dans ses revers, le bienfaiteur qu’il avait encensé dans ses prospérités. Vitrolles, noble, homme de bonnes manières, insinuant, actif, ambitieux, qui, malgré ses efforts, n’avait pu faire son chemin sous l’Empire, se faisant le champion de la légitimité dans l’espoir de jouer un rôle important. Venaient ensuite, aux ordres de Talleyrand, des hommes disgraciés par l’Empereur, mécontens, et des agens subalternes, man^anceur# et courtiers d’intrigues, gens tarés, viv^t de corruption, besogneux et avides d’argent, ardens à se venger de la moralité de Napoléon , dont ils avaient à se plaindre.

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Parallèlement au complot Talieyrand, il en existait un autre qui avait le même but : son foyer était dans l’association bourbonienne. Très faible, ainsi que nous l’avons dit, jusqu’à la fin de i8i3, elle avait acquis quelque consistance par les évènemens malheureux qui s’étaient développés depuis. Les principaux membres étaient Mathieu de Montmorency, de Quinsonas, Clermont de Mont-Saint-Jean, Just de Noailles, Sosthène de La Rochefoucauld. Talieyrand avait d’anciennes relations avec la plupart de ces personnages. Just de Noailles, chambellan de l’Empereur, était son intime et son allié, mais il communiquait avec l’association par l’intermédiaire d’un homme plus considérable, l’abbé de Montesquiou. Quoique toute sa famille eût été comblée par l’Empereur, ce prêtre avait été le correspondant du comte de Lille à Paris; il y était revenu de Menton , où il avait été exilé.

Sans aucun doute le but commun de l’étranger et de Talieyrand était la restauration des Bourbons; pour eux, c’était le beau idéal de la politique; elle était cependant subordonnée à ce qui domine toutes les affaires humaines, la possibilité. Ainsi, on prévoyait tous les cas éventuels que pourrait amener le renversement de Napoléon. Les chances les plus probables étaient pour le parti bourbonien. Il n’entrait dans aucune composition, il n’en pouvait admettre, il lui fallait tout ou rien, il était impatient, Talieyrand avait beaucoup à faire à modérer ses imprudences.

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Les tentatives qu’après la campagne de i8ia la cour d’Hartwell avait faites auprès des puissances n’ayant pas eu de suites, elle fit la morte; après la bataille de Leipsig, elle releva la tête. Lorsque les coalisés . arrivèrent sur le Rhin, le comte de lâlle publia une déclaration par laquelle il appelait le sénat à opérer lui seul le renversement de la tyrannie de Bonaparte et la restauration de la maison de Bourbon. Blacas, son ministre, remit à plusieurs agens des écrits de lui signés, avec les noms en blanc, où l’on donnait, de la part du roi, toutes les ussutances désirables, et où l’on promettait d’oublier les erreurs, de récompenser les services, d’étouffer les ressentimens, de légitimer les rangs, de consolider les fortunes , en un mot, la paisible transition des calamités et des alarmes présentes, au bonheur et à la sécurité à venir.

Le point le plus important était l’autorisation aux Bourbons d’aller sur le continent, à la suite des armées des coalisés , pour encourager leurs partisans en France, et pour être à la disposition et sous la main des puissances. Le gouvernement anglais, nécessairement maître de la décision, ne pouvait qu’accueillir avec empressement un moyen propre à seconder les intrigues du parti royaliste, à diviser la nation et à diminuer les forces de Napoléon. Seulement, comme il ne voulait pas lier trop intimement les intérêts de l’Angleterre aux intérêts des Bourbons, les princes furent autorisés à se rendre aux armées, simplement comme volontaires. Le duc

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