CHAPITRE XCVTI
prévenir à Champ-Aubert , où ils se retiraient. A la chute du jour, ils arrivèrent au village, et se formèrent en carrés pour traverser la forêt d*Étoges. Grouchy, déjà à la lisière , s’élança sur leurs colonnes, enfonça et sabra 'plusieurs carrés. Blücher, les chefe des deux corps d’armée, avec l’état-major, furent entraînés par les fuyards.
L’Empereur, arrivant à Champ-Aubert avec l’armée , fit charger la gauche de l’ennemi par la cavalerie de la garde; mais le feu de l’artillerie ennemie ayant forcé Grouchy, dont les batteries étaient encore en arrière, d’ouvrir la route d’Étoges, le corps de Kapczewicz et l’arrière-garde de Ziethen parvinrent à se dégager, abandonnant beaucoup de bagages et des canons. Blücher établit ses troupes en arrière d’Étoges. Marmont y arriva vers huit heures du soir, y trouva la division Urusow, et le prit avec six cents hommes et huit canons. Blücher décampa à onze • heures et se retira à Bergères. L’Empereur retourna de suite à Montmirail avec sa garde ; Marmont resta à Étoges, Grouchy à Champ-Aubert. La perte de l’ennemi, dans cette journée, s’éleva à six mille cinq cents hommes tués ou blessés, deux mille prisonniers, quinze canons et dix drapeaux *'■ '■
Blücher continua sa retraite le i5; l’armée de Silésie, diminuée de plus de vingt mille hommes, se trouva réunie autour de Châlons. '
L’Empereur avait habilement profité des fâutés grossières du générai 'en chéf prussien; ses pertes avaient été incomparablement plus fortes que celles
des Français; mais il se renforçait de nouveaux corps tFarmée, et l’Empereur n’avait point de réserves. Victorieux sur un point, il devait courir sur un autre, pour faire tête à de nouvelles armées qui s’avançaient de toutes parts sur la capitale.
Ainsi, pendant qu’il battait l’armée de Silésie sur la Marne, Wintzingerode s’avançait sur l’Aisne, suivi des corps de Woronzovir et de Strogonow. Il avait enlevé Avesnes et occupait, le la, la position de Laon, d’où il se proposait de marcher sur Paris, de concert avec Blücher. Le i4, il attaqua Soissons, mal fortifié et défendu par dix-sept cents hommes, la plupart de garde nationale. Le général Rusca,tué presque au premier coup de canon, ne fut point remplacé dans le commandement. Le faubourg et le pont furent mal défendus. Le combat s’engagea dans les rues; huit cents Français furent tués ou blessés. Le général Longchamps sortit avec le reste de la garnison, et, enveloppé en rase campagne par la cavalerie de Czernicheff , fut obligé de mettre bas les armes.
Wintzingerode ayant appris, à Soissons, les désastres de l’armée de Silésie, et reçu de Blücher l’ordre de se rapprocher de Châlons, se remit en marche et arriva, le 17, à Épemay. Mortier, que l’Empereur avait laissé, le i3, au-delà de la Marne, ayant appris, le i4, la prise de Soissons, marcha sur Villers-Cotterets , pour s’interposer entre Paris et l’ennemi. Informé que Wintzingerode avait quitte Soissons, Mortier en reprit possession le i5 au soir.