‹ Le Consulat et l'EmpireChapitre 230 sur 300 · CHAPITRE XCVfl · texte numérisé non relu

CHAPITRE XCVfl

corps volant , pour occuper Château-Thierry ; il continua sa route, l’infanterie en poste, et arriva le soir à La Ferté-sur-Jouarre. Le 16, il porta son quartier général à Guignes où , par un mouvement aussi rapide que savant, il réunit une armée de soixante mille hommes, dont cinquante mille allaient attaquer les corps divisés de l’armée austro-russe.

Wittgenstein s’était avancé jusqu’à Nangis, et Pahlen, avec son avant-garde, jusqu’à Mormant. Dans la nuit du 16 au 17, il reçut l’ordre de se replier sur Provins. Il quitta Nangis le 17 au matin, ordonnant à Pahlen de se retirer ensuite. L’armée française se mettait en marche et débouchait de Guignes. L’Empereur aperçut l’ennemi. Des deux côtés les troupes se déployèrent. N’ayant que quatre mille hommes d’infanterie et deux mille chevaux , Pahlen voulut se mettre en retraite. L’Emjjereur poussa sa première ligne sur Mormant. Pahlen se retirait paisiblement , mais en assez bon ordre. Il s’approchait de Nangis , qu’occupait encore l’avant-garde du corps de Wrède , commandée par Hardegg. Dans ce moment, Drouot, arrivant avec trente-six bouches à feu de la garde, fit un feu terrible sur les carrés , les enfonça , tandis que Milhaud et Kellermann abordaient la cavalerie, la dispersaient , et , en poursuivant les fuyards , maltraitèrent deux régimens de cavalerie autrichienne de Hardegg. Iæs carrés mirent bas les armes. Cette journée coûta à l’ennemi environ quatre mille hommes et onze pièces de canon.

EMPIRE. — AN l8l4-

L’armée continua son mouvement , excepté la garde, qui resta k Naugis avec l’Empereur, Oudinot sur Provins, Macdonald sur Donnemarie, Victor sur Montereau, où il avait ordre d’arriver le jour même, et de s’emparer du pont. A trois heures après midi, il se trouva en présence de la division Lamothe, du corps de Wrède et des restes de l’avant-garde Hardegg, qui occupaient Villeneuve. Le village fut attaqué et enlevé; deux bataillons furent enfoncés avec perte de trois cents hommes. Lamothe forma son infanterie en carrés , et prit la route de Donnemarie. Le général Gérard avait porté le désordre dans ses colonnes, lorsqu’il dut obéir à l’ordre impératif de venir s’établir à Montigny. Victor ne dépassa pas Salins, et ne poussa vers Montereau qu’une division de cavalerie et une compagnie de sapeurs. Le prince de Wurtemberg se replia sur le plateau de Surville, et y rangea en bataille son corps, fort de quinze mille hommes d’infanterie et de deux mille sept cents chevaux.

Dans la soirée , le comte de Parr se présenta aux avant-postes de la part du prince de Schw^rzenberg, pour proposer une suspension d’hostiliés : Napoléon crut avoir trouvé le moyen d’échapper aux

lenteurs du congrès. Le conseil-privé, consulte a

Paris sur les propositions faites à Châlillon par le* puissances , avait été d’avis de s’y soumettre , inouïs une yoix, celle du comte Lacuée de Çessac. Mais, encouragé par les avantages qu’il avait obtenus, Napoléon pensa qu’il était temps enfin de laisser du

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côté les prétentions excessives des coalisés. Il écrivit à l’Empereur d’Autriche. Dans sa lettre, il parlait du vif désir qu’il avait d’entrer promptement en accommodement, et faisait entendre qu’après les changemens favorables survenus dans l’état de ses affaires, il comptait bien être traité sur des bases plus conciliantes que celles qui avaient été posées à Châtillon.

Napoléon écrivit en même temps à Caulaincourt : il lui avait donné carte blanche pour sauver Paris et éviter une. bataille qui était la dernière espérance de la nation. La bataille avait eu lieu, la Providence avait béni ses armes; il avait fait trente à ({uarante mille prisonniers. Il avait pris deux cents pièces de canon , un grand nombre de généraux , et détruit plusieurs armées presque sans coup férir. Il avait entamé la veille l’armée du prince Schwarzenberg, qu’il espérait détruire avant peu. L’attitude de Caulaincourt devait être la même, il devait tout faire pour la paix ; mais l’intention de l’Empereur était qu’il ne signât rien sans son ordre, parce que seul il connaissait sa position. En général, il ne' desirait qu’une paix solide et honorable, et elle ne ]iouvait être telle que sur les bases de Francfort. Si les alliés eussent accepté les propositions du plénipotentiaire le 9, il n’y aurait pas eu de bataille, l’Empereur n’aurait pas couru les chances de la fortune dans le moment où le moindre insuccès perdait la France; enfin , il n’aurait pas connu le secret de leur faiblesse. Tl était juste qu’en retour il eût les avantages des chances qui avaient tourné pour lui. Il '

voulait la paix, mais ce n’en serait pas une que celle qui imposerait à la France des conditions plus humiliantes qpie les bases de Francfort. Sa position était certainement plus avantageuse qu’à l’époque où les alliés étaient dans cette ville. Ils pouvaient le braver; il <n avait obtenu aucun avantage sur eux, et ils étaient loin , de son territoire, Aujourd’hui c était tout différent ; il avait eu d’immenses avantages sur eux, et des avantages tels, qu’une carrière militaire de vingt années et de quelque illustrationf, n en présentait pas de pareils. Il était prêt à cesser les hostilités et à laisser les ennemis rentrer tranquilles chez eux, s’ils signaient les préliminaires basés sur les propositions de Francfort.* 4# üdinj

Les communications étaient lentes, difficiles et peu sures entre l’Empereur et Caulaincourt. Les courriers français faisaient soixante lieues au lien de vingt, étaient retardés plusieurs heures et maltraités à chaque poste de Cosaques. Caulaincourt s en plaignit à Metternich. Il répondit qu’avec la meilleure volonté on ne pouvait pas répondre des hordes de troupes légères; que s’il voulait lui envoyer ses dépêches, il les ferait passer sur la route la plus directe. Le 18, au moment où l’Empereur expédiait sa lettre du 17, il n’avait de dépêches de Caulaincourt que du i4, et ils n’étaient éloignés que de vingt-cinq lieues.

* Lettre du 1 7 février.

CHilPITRE XCVIII.

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