‹ Le Consulat et l'EmpireChapitre 232 sur 300 · CHAPITRE XCVUI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XCVUI

dre, emparé de Montereau, le 17, l’armée austrorusse était coupée en deux, et elle aurait probablement éprouvé le même sort que celle de Silésie.

Victor n’était pas le seul qui méritât des reproches. I^a situation critique de la France n’était pas propre à ranimer l’ardeur, et à consolider la fidélité de maréchaux et de généraux qui, dès la campagne de 1812 , en avaient assez de la guerre, qui , dans la l ainpagne de 181 3, avaient conspiré contre Napoléon. L’astre avait pâli , on ne le suivait plus qu’avec circonspection : on voyait poindre un soleil nouveau. On voulait conserver vie, fortune et honneurs. Ainsi au combat de Nangis, le général L’Héritier avait négligé une charge qui aurait été fatale aux Bavarois; dans la nuit du 17 au 18, le général (iuyot avait laissé surprendre quelques pièces d’artillerie au bivouac; à Surville, au moment le plus chaud du combat , les batteries avaient manqué de munitions; on en accusait le général Digeon; le général Montbrun avait abandonné sans résistance à des Cosaques la forêt de Fontainebleau.

Napoléon ne put contenir son mécontentement : il reprocha au général Guyot devant ses troupes, d’avoir si mal gardé son artillerie; il ordonna qu’on fit juger le général Digeon, par un conseil de guerre; il envoya au maréchal Victor la permission de se retirer chez lui. Mais sur les sollicitations du général Sorbier, il déchira l’ordre relatif à Digeon. Victor vint pleurer au château de Surville; l’Empereur lui reprocha de servir de mauvaise grâce, de fuir le

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. quartier impérial , de ue pas même dissimuler une secrète opposition ; de ce que la maréchale , dame du palais, s’éloignait de l’Impératrice. Victor protesta de sa fidélité, et rappela ses longs services, ajoutant que s’il avait fait ime faute , il l’avait chèrement payée par la mort du général Château , son gendre. « Je vais prendre un fusil, dit-il enfin : je n’ai pas oublié mon ancien métier; Victor se placera dans les rangs de la garde. » « Eh bien , Victor, restez, répondit Napoléon, en lui tendant la main; je ne puis vous rendre votre corps d’armée puisque je l’ai donné à Gérard, mais je vous donne deux divisions de la garde ; allez en prendre le commandement , et qu’il ne soit plus question de rien entre nous. »

Dans le bulletin, daté de Montereau, on retrouve une teinte des sentimens pénibles dont l’Empereur était affecté. Les fautes des généraux L’Héritier et Montbrun y furent signalés. « Le général Château mourra! y était-il dit, il mourra accompagné du moins des regrets de toute l’armée ! mort bien préférable pour un militaire à une existence dont il n’aurait acheté la prolongation qu’en survivant à sa réputation , ou en étouffant les sentimens que l’honneur français inspire dans les circonstances où nous sommes. »

Vienne la restauration, et l’on verra , par l’accueil qu’elle fera à certains généraux, quels sont ceux qui méritaient cette apostrophe.

La journée du 19 fut employée à poursuivre les colonnes enemies dans la direction deTroyes. LEw-

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