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CHAPITRE XCVIII

elle déboucha en trois colonnes. Elle comptait en* viron soixante-quatre mille hommes. Arrivé sur les hauteurs de Fontaine -Saint -Georges, l’Empereur découvrit l’armée austro - russe en position. Tout présageait une grande bataille. La supériorité de l’ennemi ne permettait guère d’en douter. Il était fort de cent cinquante mille hommes , sans compter l’armée de Silésie, qui, à la vérité, n’était en mesure de passer la Seine que dans vingt-quatre heures.

Le a3 , à huit heures du matin , les souverains et les généraux se réunirent chez le roi de Prusse. Schwarzenberg y exposa que le maréchal Augereau avait repris l’offensive; que , le i6, Chambéry était perdu et Genève menacé; que rien ne s’opposait à l’entrée des Français en Suisse; qu’alors l’armée austro-russe, coupée de sa base principale et privée de ses magasins , se trouverait dans une position critique , etc. , etc. Le résultat de la délibération fut que les armées coalisées se retireraient, pour le moment, derrière l’Aube, et que, pour gagner du temps , on amuserait l’Empereur par la proposition tl’un armistice.

Il avait passé la nuit au hameau de Châtres , dans la chaumière d’un charron. Le 2 3 au matin, il y reçut le prince Wenzel- Lichtenstein, envoyé par .Schwarzenberg. Il apportait la réponse de l’empereur d’Autriche à la lettre que son gendre lui avait écrite, le 17, de Nangis. Son langage était pacifique. Il ne dissimulait pas combien les plans des alliés venaient d’être dérangés. Il avouait qu’on avait re-

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connu Napoléon aux coups qu’il portait. Il engagea avec l’envoyé autrichien une assez longue conversa* tion. Il lui demanda s’il était vrai que les alliés en voulussent à sa personne et à sa dynastie, et que, conformément au plan favori de l’Angleterre, il$ s occupaient des Bourbons. 'Lichtenstein repoussa vivement ces bruits , comme n’étant nullement fon- <lés. Napoléon lui fit sentir qu’ils n’avaient que trop de consistance par la présence de ces princes à la suite des armées étrangères. Lichtenstein répondit : ce n’était qu’un moyen de guerre pour opérer une diversion dans quelques provinces , il n’y avait riai de plus; l’Autriche ne s’y prêterait pas; on n’en voulait ni à l’existence de l’Empereur ni à sa dynastie; on desirait la paix , et la preuve en était dans la mission qu’il venait remplir.

. Napoléon païut le croire et accueillit la proposition d’armistice. Berthier, à qui Schwarzenberg avait écrit, lui répondit de suite que les assurances données par Lichtenstein du désir de l’Autriche d’arriver promptement à une pacification générale, étaient d’une telle considération aux yeux de FEnipereur, qu’il l’autorisait à accepter la proposition; que les commissaires pourraient se rendre entre Troyes et Vandœuvre, pour convenir de la suspension d’armes.

Lichtenstein était à peine parti , que Saint-'Aignan , le porteur des propiositions de Francfort , arriva de Faris. Ilétait chargé, par divers personnages, deprésenter à Napoléon le tableau des angoisses qu’on

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éprcM^vait toujours à Paris , et le désir qu’il se confiât moins à son épée, qu’il employât davantage la voie des négociations, et qu’il se décidât à des concessions, la nécessité commandant de tout sacrifier à la conclusion de la paix. C’était surtout l’opinion de Clarke. « .Sire, s’écria Saint-Aignan, la paix sera toujours assez bonne, si elle est prompte. — Elle arrivera assez tôt, si elle est honteuse, » répliqua l’Empereur.. Son front se rembrunit; Saint-Aignan fut brusquement congédié. On monta à cheval et on suivit en silence la route de Troyes. I,.ia réplique de l’Empereur était le résumé de sa réponse à Clarke, auquel il écrivait qu’il fallait le supposer bien fou ou bien bête pour croire que s’il pouvait faire la paix, il ne la ferait pas; que c’était à cette opinion, cpi’il en était le maître, mais qu’il ne le voulait pas, qu’il fallait attribuer les malheurs de la France.

L« général Reynier, fait prisonnier à Leipzig, ayant été échangé , et revenant en France , vit h Troyes ( février) l’Empereur Alexandre, qui lui dit qu’ils ne traiteraient plus avec Napoléon. ^ — «Que voulez- vous mettre à sa place? demanda Reynier. — N’est-ce pas vous qui l’avez nommé, pourquoi n’en choisiriez-vous pas un autre ? Tout dépend de vous. Nous ne voulons imposer personne, mais nous ne voulons plus de lui. N’avez-vous pas Berna- <lotte? Élu volontairement comme prince royal, ne peut -il pas l’être par les Français? Vous pouvez, bien le choisir comme compatriote, quand les Sué- <lois l’ont pris quoique étranger.» Reynier fit des

ESIPIBt. — AN l8l4objections et prit la défense de Napoléon. « Aloi-s, général, dit Alexandre avec humeur, le sort des ^ armes çn décidera. » En arrivant aux frontières, Ber- { nadotte disait que les alliés étaient décidés à détrôner Napoléon, et parlait du rétablissement vraisemblable des Bourbons.

Le i5 février, Metternich avait annoncé à Caulaincourt que les plénipotentiaires , réunis à Chàtillon , avaient reçu l’oi*dre d’entrer en pourparler avec lui sur la proposition qu’il avait faite par sa lettre du g. Si le ministre autrichien n’avait pas répondu à ses lettres confidentielles, c’était parce qu’il n’avait rien à lui dire. On venait de remettre en train les négociations , et ce n’était pas chose facile que d’être le ministre de la coalition. Sous le rapport des affaires, il était plus utile auprès des souverains qu’à Châtillon. Il était impossible, on pouvait l’en croire sur parole , d’étre , plus que lui et Stadion, unis de pensées, de vues et de principes. Lord Castelreagh était également un homme de la meilleure trempe , droit , loyal , sans passions , et par conséquent sans préjugés. Il fallait une composition d’hommes tels que les ministres anglais du moment pour rendre possible la grande œuvre à laquelle Caulaincourt travaillait , et qui , Metternich s’en flattait, serait couronnée du succès. ‘

C’était avec ce style de bonhomie et ces phrases sentimentales que le ministre autrichien endormait

* Ltftlredu i5 février.

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