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CHAPITRE LXXXI

Croyant l’occasion favorable pour porter aux Russes un coup décisif, l’Empereur serra toute son armée sur sa droite. Le 1 4 itoiit , il lui fit passer le Borjsthène; son intention était de se porter vivement sur Sniolensk , de prendre à revers ou en queue les Russes : c’était la plus belle manoeuvre , au dire des Russes eux-mêmes, que Napoléon eût peut-être faite dans toute la campagne. Barclay manoeuvrait avec une hésitation qui plaçait son armée dans la position la plus périlleuse. L’avant-garde française rencontra, à Krasnoï, un corps russe de huit à neuf mille hommes , commandé par le général Newerofskoï, queBagration y avait laissé en observation; Ney l’attaqua. La situation de Nevrerofskoi était extrêmement critique, mais il fit bonne contenance, et, quoique enveloppé de toutes parts, il se retira sur Smolensk, avec perte de son artillerie et de quinze cents hommes.

Le 1 6 au matin, Ney, à la tête de l’avant-garde, arriva devant la place; elle était défendue par vingt mille hommes; elle n’était pas assez fortifiée pour soutenir un siège régulier, mais elle était en état de résister à un coup de main. Après avoir reconnu le côté faible , Napoléon ordonna l’assaut. Les colonnes de Ney s’élancèrent; deux fois elles pénétrèrent jusque sur le talus de la contrescarpe de la citadelle, elles furent toujours repoussées. La résistance de la garnison donna le temps aux deux armées russes d accourir à son secours vers midi; les corps français arrivèrent aussi successivement. Alors se trou-

vèrent en présence cent trente mille Russes et cent quarante>cinq mille Francis, sans compter les corps du prince Eugène et de Junot, forts de quarante mille hommes, restés en arrière.

• Napoléon se proposa de tourner Smolensk, de jeter un pont au-dessus, et de couper, l’ennemi de la route de Moscou. Junot, avec les Westphaliens, devait ' prendre celle direction, mais il fit fausse route et n’arriva pas. En attendant, le combat s’était engagé sons la place; l’Empereur renonça à son projet.

Le 1 7, les Russes se déployèrent sur la rive droite du Borysthène et relevèrent, par un corps frais, les troupes qui avaient défendu Smolensk. L’Empereur ayant en vain espéré qu’ils engageraient la bataille, ordonna l’attaque. A deux heures après midi l’armée s’ébranla, Ney à la gauche, Poniatowski à la droite, Davoust au centre. La défense fut aussi vigoureuse que l’attaque; l’ennemi fut rejeté dans la place, mais on ne put l’emporter. La nuit seule mit fin au combat le plus acharné, qu’on peut appeler une bataille vu le grand nombre d'hommes qui y furent engagés et qui y périrent. Le colonel russe Boutourlin porte cette boucherie, de chaque côté, à vingt mille hommes hors de combat.

Les Français avaient conservé les glacis de la place, leurs batteries enfilaient tous les chemins couverts, le mineur s’attachait aux remparts , tout se prépara pour donner, l’assaut le lendemain. Cependant le feu allumé par des obus dans la ville, partie construite

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