CHAPITRE LXXXI
en lx)is, la perte considérable essuyée par les Russes, la crainte toujours plus fondée de perdre leur communication avec Moscou, les décidèrent à évacuer Smolensk dans la nuit. Le général Korff , avec une • forte division , y resta jusqu’à ce que les autres divisions eussent repassé le Borysthène , et se retira ensuite après avoir détruit les ponts, dans le faubourg (le Saint-Péterebourg. Au point du jour, les Finançais entrèrent dans la ville; 'déserte, tout en feu, remplie de cadavres, elle offrait l’aspect le plus hideux.
I^a propagation de l’incendie, allumé par les obus des Français, a été imputée au général Korff, même à des habitans. moitié de la ville fut consumée , et elle l’aurait été tout entière , sans l’activité des sapeurs. On porta d’abord des soins aux blessés; six cents hommes employés à enterrer les cadavres étaient encore loin, le a i , d’avoir terminé cette opération, ü fallut leur adjoindi'e deux cents prisonniers russes.
A Smolensk recommencèrent les mêmes murmures qu’à Witepsk et à Wilna. Sébastian!, Murat , (pii avait montré tant d’ardeur, Rapp , arrivant de Dantzig, et Lauriston , venant de Saint-Pétersbourg, augmentèrent le nombre des mécontens. Suivant eux, il fallait s’arrêter à Smolensk; l’Empereur l’avait promis , ou fait espérer. Depuis les considérations qu’on avait mises en avant en faveur de ce parti , la perte faite par l’armée leur donnait un nouveau poids. Avec eux, Napoléon dissimulait, et paraissait décidé à prendre des quartiers d’hiver; aux géné-
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raux commandant les divisions, il confiait son intention de pousser en avant. On ne doute pas que derrière lui , quelques hommes comblés de faveurs ne murmurassent : « Que nous importe qu’il nous ait enrichis , si nous ne pouvons pas jouir; qu’il nous ait mariés, s’il nous rend veufs par une absence continuelle ; qu’il nous ait donné des palais , s’il nous force de coucher au loin sur la terre nue, au milieu des frimas.... » Mais c’était un petit nombre. Malgré ses fatigues et ses privatio^, la masse de l’armée n’était point atteinte de ce découragement. Il était donc tout simple que , sans se laisser imposer par les frondeurs. Napoléon eut quelques ménagemens pour eux. D’ailleurs, plus d’une fois, réfléchissant sur sa situation, mesurant le chemin qu’il avait parcouru et celui qui lui restait à faire, il dut lui-méme éprouver quelque inquiétude, et exprimer de l’hésitation. De là des accusations de contradictions et de duplicité. A sa place, après avoir franchi le Niémen, lequel de ses désapprobateuis, au lieu de marcher sur Moscou, se fût décidé à le repasser, ou à prendre des quartiers-d’hiver au milieu de la Russie?