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CHAPITRE XCVIK

La négociation s’était arrêtée dans cet état, loraque Schwarzenberg proposa, le a 3, un armistice à l’Empereur : des commissaires étaient nommés pour le négocier, savoir : les généraux Duca pour l’Autriche, Scliouwalow pour la Russie, et Rauch pour la Prusse.

Cependant l’armée française, voyant le mouvement de retraite de l’ennemi., se mit en marche pour le suivre ; l’arrière-garde de la division Lichtenstein fut enfoncée et acculée sur Troyes. Le général Volckmann, qui l’occupait, fut sommé de rendre la ville, il refusa; on tira sur les portes, il incendia les faubourgs. Une brèche fut faite, on se préparait à l’assaut : il fit signifier que, si on l’attaquait ^ il brûlerait la ville; l’Empereur, voulant éviter ce malheur, suspendit l’attaque. L’armée prit position devant Troyes, Volckmann l’évacua dans la nuit. Le 24» elle'y entra, poursuivit l’ennemi, qui continua son mouvement de retraite jusqu’à Vandœuvre, lui prit des canons et fit des prisonniers. L’Empereur ayant été prévenu que les commissaires des alliés, pour l’armistice, se réunissaient à Lusigny, y envoya le général Flahaut.

Napoléon fut reçu en triomphe par la population et comme un libérateur. Mais, au milieu de l’enthousiasme et de l’expansion^ des plaintes et des cris se firent entendre; on lui dénonça des traîtres, on lui demanda vengeance. A mesure que les coalisés s’avançaient en France, le parti des Bourbons cherchait à réveiller les souvenirs de l’ancienne dynastie ; pour elle; pas une voix ne s’était fait entendre; les

coalisés eux-mémes avaient été frappés de cet abandon, de cet oubli. A Troyes, d'anciens émigrés, le marquis de Vidraiiges et M. de Gouault, excités par deux Français transfuges, le comte de Rochechouart, officier supérieur dans l’armée russe, et par l’adjudant Rapatel, ancien aide-de-camp de Moreau, reprirent la croix de Saint-Louis, la cocarde blanche, parcoururent les rues, s’adjoignirent jusqu’à sixhabitans, allèrent avec ce mince cortège chez l’empereur Àlexaiidre , le supplier d’agréer le vœu qu’ils formaient tous pour le rétablissement de la maison royale de Bourbon sur le trône de France. Alexandre leur répondit : il les voyait avec plaisir; il leur savait gré de leur démarche , mais il la croyait un peu prématurée; les chances de la guerre étaient incertaines; il serait fâché de voir de braves gens, tels qu’eux , compromis ou sacrifiés; les alliés ne venaient pas pour donner eux-mémes un roi à la France, ils voulaient connaître ses intentions , c’était à elle à se prononcer. Après avoir ainsi éludé la question , il changea de conversation. La députation se retira honteuse et fort peu contente.

Napoléon fit traduire MM. de Vidranges et de Gouault devant une commission militaire; ils furent condamnés à mort. Gouault fut passé par les armes, avec cet écriteau : Traître à sa patrie! Vidranges était absent, il était allé rendre compte au comte d’Artois de sa visite à Alexandre. La restauration a honoré leur dévoûment; elle le devait. Mais leur crime était flagrant, et l’Empereur avait fait justice.

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