CHAPITRE xcvin
Du reste , au milieu de tant de trahisons qu’il avait bien le droit de réprimer, c’est la seule qu’il punit.
La conspiration la plus dangereuse, on le répète, était celle de Talleyrànd à Paris. Sortant du conseil de régence, il tenait conseil royaliste. A mesure que les alliés s’avançaient, le parti prenait plus d’assurance ; on conspirait dans les salons du faubourg Saint-Germain; on y avait des rapports avec les princes, avec l’ennemi. Par le moyen d’une presse clandestine, Mathieu de Montmorency répandit une proclamation du comte d’Artois, datée de Vesoul, où U prenait le titre de Monsieur et de lieutenantgénéral du royaume. « Français, y disait-il, le jour de votre délivrance approche; le frère de votre roi est arrivé. Plus de tyran, plus de guerre, plus de - conscription , plus de droits-réunis. Qu’à la voix de votre souverain, de votre père, vos malheurs soient effacés par l’espérance , vos erreurs par l’oubli , vos dissensions par l’union dont il veut être le gage. Les promesses qu’il vous a faites solennellement, il brûle de les accomplir, et de signaler par son amour et ses bienfaits le moment fortuné qui, en lui ramenant ses sujets, va lui rendre ses enfans. Vive le roi! »
Napoléon avait dit, dès 1 8o4 que, quelques jours , on ferait une révolution contre lui , avec ,un drapeau sur lequel serait écrit : Plus de conscription , plus de droits réunis! •
On projetait des mouvemens à Paris, en faveur
EMPIRE. AK l8l4-
de la cause royale; mais personne ne s’y montrait disposé; on craignait plutôt la colère du peuple; on sentait que rien ne pourrait s’exécuter qu’avec le secours et la présence des coalisés. Ce n’en était pas moins un scandale : tout cela se passait sous les yeux du conseil de régence, du ministre de la police, frappés d’un aveuglement stupide, s’ils ne le savaient pas, coupables d’une insigne lâcheté, s’ils le savaient. Un homme de cœur et de tête aurait dans quelques heures fait arrêter ou chassé de Paris Talleyrand et ses principaux complices , et jeté dans la boue comité et association royalistes. Le peuple y aurait applaudi. Malheureusement cet homme n’existait pas. Savary avait reçu l’ordre de l’Empereur d’éloigner Talleyrand , il ne l’osa pas, de peur de soulever le faubourg Saint-Germain. Ce ministre se laissait piper par Talleyrand , ou ne croyait plus à la fortune de Napoléon. L’Empire avait tout détrempé; nul n’était à la hauteur des évènemens. Là où Napoléon n’était pas il n’y avait phis personne.
On faisait paraître à l’Hôtel-de-ville de Paris, des députations des communes ravagées par les ennemis. On publiait des récits de leurs excès, ou on leur prêtait des projets d’extermination. C’étaient de bien faibles moyens pour agir sur les esprits.
Le ministre de la guerre, accompagné d’un cortège nombreux, promena en triomphe, de son hôtel au palais des Tuileries, dix drapeaux pris sur l’ennemi^ et, de la part de l’Empereur, les présenta à. l’Impératrice. Clarke n’imagina encore rien de