CHAPITRE XCIX
Ions et deux escadrons de la vieille garde pour tourner le défilé d’Etouvelle. L’opération devait être secondée par une attaque de front de Ney. Elle était difficile , mais si elle réussissait , on pouvait surprendre Laon. La marche de Gourgaud fut retardée parles chemins et l’obscurité. Ney surprit les Russes, les culbuta en arrière d’Elouvelle et les poussa audelà de Chivy, où il fut rejoint par Gourgaud à deux heures du matin. Vers cinq heures les autres corps passèrent le défilé. L’Empereur agissait sur deux lignes d’opérations. Dix-neuf mille hommes seulement allaient se trouver opposés à la droite et au centre de l’ennemi, à cinquante-huit mille hommes d’infanterie et vingt-trois mille chevaux.
Le 9, à sept heures du matin, Ney commença l’attaque ; le combat dura tout le jour sans rien décider. L’ennemi conserva sa position. Les Français se maintinrent dans les villages devant son front. Blücher voyant la faiblesse du corps de Marmont, qui n’avait pas encore établi de liaison avec l’Emr pereur, le fit attaquer dans la nuit par les corps d’Yorck et de Kleist. Les troupes du maréchal furent complètement surprises dans leurs bivouacs, et se retirèrent en désordre avec perte d’environ deux mille hommes , quarante canons et cent trente caissons. Le 1 o , au jour , Marmont poursuivi par l’ennemi quitta Corbeny, et repassa l’Aisne à Bery.
L’Empereur se trouva ainsi privé de la coopération du 6' corps. Il ne lui restait plus que vingt mille hommes. Il est vrai que Blücher en avait dirigé en-
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viron soixante mille sur Marmont; mais il lui en restait encore quarante mille à Laon. L’Empereur ne jugea pas moins devoir prendre l’offensive. Blücher ayant affaibli sa droite, peut-être pourraiton emporter la position de Laon et couper en deux l’armée de Silésie; s’il rappelait les troupes envoyées à la poursuite de Marmont, ce maréchal serait dégagé ; ce qui arriva. On combattit toute la journée sans succès pour aborder la position de l’ennemi. L’Empereur se décida à la retraite. Les journées des 8 , 9 et i o lui coûtèrent cinq mille hommes. La perte de l’ennemi ne fut pas moindre; elle n’était rien pour les alliés ; celle de l’armée française était désastreuse.
Le 1 1 , l’Empereur continua sa retraite sur Soissons, qui avait été évacué par l’ennemi; Marmont se retira sur Fismes. L’armée de Silésie resta dans l’inaction.
Le général russe, Saint-Priest , émigré français, avec une force d’au moins quinze mille hommes, voulut occuper Reims pour rétablir la communication entre Blücher et Schwarzenberg. Il s’en empara malgré la vive résistance de la faible garnison, qui se retira par la porte de Laon avec perte de deux cent cinquante hommes et neuf canons. Le général Qjrbineau enveloppé par l’ennemi se cacha dans la ville, on le crut mort oui prisonnier. Defrance accourut aux premiers coups de canon , chargea et enfonça la cavalerie russe, mais fut arrêté par la supériorité de l’ennemi.
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L’Empereur marcfaia sur Reims , laissant Mortier à Soissons. Le i3 au matin, il fit attaquer les Russes. Ils furent enfoncés, dispersés, poursuivis. Ils perdirent cinq mille hommes , onze bouches à feu, cent caissons , un équipage de pont , beaucoup de bagages; on reprit les pièces de Corbineau. Saint-Priest fut. blessé à mort. L’Empereur entra dans la ville aux acclamations des babitans.
Il reprocha vivement à Marmont le désastre du 6* corps; il écouta ses explications, et parut s’en contenter. Janssens amena de Mézières les détachemens qui lui avaient été demandés formant un renfort de six mille hommes. Tandis que Ney s’avançait vers Châlons , l’armée passa autour de Reims les 1 4, 1 5 et 1 6 pour prendre quelque repos.
Sur les frontières de la Belgique, la guerre se soutenait sans avantage prononcé pour les ennemis. Depuis le 26 février que Maison, renonçant à son mouvement sur Gand, était revenu à Lille età Courtrai, il continuait par ses manoeuvres de les contenir. Carnot restait maître de la campagne d’Anvers, ^ et tenait les Anglais à distance. Leur général , Graham, tenta de surprendre Berg-op-Zoom où il avait des intelligences. Bizanet y commandait avec une garnison , réduite par les maladies à deux mille quatre cents hommes; la place en aurait exigé une quatre fois aussi forte. Le 8 mars, jour de naissance du prince d’Orange, fut fixé pour cette entreprise. A neuf heures du soir un corps anglais, fort
de quatre mille huit cents hommes , s’avança en quatre colonnes, et réussit à entrer par trois côtés, sans faire de grands progrès jusqu’au jour. Bizanet forma sa garnison en trois colonnes qui , à un signal donné, attaquèrent les Anglais ; ils furent refoulés, acculés sur tous les points et obligés de mettre bas les armes. Cette équipée leur coûta deux mille morts, parmi lesquels le général Goore, quatre colonels , et deux mille soixante-dix-sept prisonniers dont les générauxSkerret et Cooke; le dernier mourut de ses blessures. La garnison n’eut que cent soixante morts, trois cents blessés et cent prisonniers. Avec un général Bizanet on n’aurait pas eu à déplorer la lâche reddition de Boissons.
Au point où en étaient les choses, il n’y avait plus rien à attendre de l’armée d’Italie. Depuis qu’après le combat de Montereau ( 1 9 février) il avait été écrit à Eugène de s’y maintenir, il paraît qu’on ne s en occupa plus. Des lettres de lui des 16, 1 8, ao et aa février, furent transmises par le ministre de la guerre à l’Empereur. Le 3 mars , Clarcke ne connaissait pas encore ses intentions, et concluait de ce silence que l’Empereur était disposé à laisser dans ce moment l’armée d’Italie dans la position où elle se trouvait, et qu’il se bornerait à faire revenir les garnisons de la Toscane et des États romains ; 1 ordre en avait été donné et s’exécutait. Le ministre pen sait même que les succès obtenus par Eugene, joints à ceux que l’Empereur avait eus de son côté , lui procureraient les moyens de se mainte