CHAPITRE CI
mont. Ses troupes défendirent avec intrépidité ce dernier champ de bataille et firent des prodiges de valeur. Leurs chefs ne s’épargnèrent pas. Compans se couvrit de gloire. Marmont fut démonté. Ricard , et Pelleport furent blessés. Un officier du génie, faijt prisonnier, admis en présence des souverains et de Schwarzenberg, et qui avait vu le développement de leurs forces, vint en rendre compte aux deux maréchaux et ensuite au roi Joseph. Marmont lui envoya dire qu’il ne pouvait tenir au-delà de quatre heures, ni empêcher que Paris fut inondé pendant la nuit de troupes irrégulières. Il demanda à être autorisé à traiter pour la conservation et la sûreté intérieure de la capitale. I/autorisation lui fut expédiée par le roi. Dès ce moment la question de la défense fut décidée. Marmont avait renoncé à contenir l’ennemi; il ne combattit plus que pour l’honneur des armes.
Les coalisés continuaient leurs progrès sur toute la ligne , et refoulèrent les Français de position en position, jusque sous les murs de la capitale, malgré les efforts d’Arrighy, de Curial, de Christiani, de Mortier, de Béliard et du vieux Moncey, commandant quelques mille gardes nationaux. La brigade Sécrétant se distingua par sa vaillance, et ne se retira sur la barrière que parce que la batterie qui la couvrait reçut des boulets qui n’étaient pas de calibre. ,
Dans cette situation critique, le général Dejean, envoyé par Napoléon ,- arriva près de Mortier. Le maréchal expédia le général Lapointe , son chef
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d’état-major, à Schwarzenberg, pour lui comtuuoiquer les ouvertures faites à l’empereur d’Autriche, et demander une suspension d’armes m statu quo. | La proclamation du généralissime faisait assez présumer sa réponse : il refusa. Lapointe n’était pas encore de retour, lorsque Orlow, aide-de-camp de l’empereur Alexandre , vint sommer Mortier de mettre bas les armes; cette proposition fut rejetée avec indignation. l
Resserré dans Belleville, voyant l’ennemi d’un j
côté à la barrière de Pantin , de l’autre sur les hau- j
teurs de Mont-Louis et de Ménilmontant, Marmont ^
se décida à faire usage de l’autorisation que lui avait |
adressée Joseph avant qu’il eût perdu sa première ligne de défense et que Mortier eût été attaqué. *
Auparavant , il envoya prendre l’avis de son collègue; '
Mortier, n’ayant pas reçu la même autorisation, I
répondit qu’il fallait en référer au lieutenant de |
l’Empereur. Mais il venait de partir, son état-major était dissous; il était de trois à quatre heures. Marmont prit sur lui d’envoyer à Sçhv/arzenberg pour | lui faire connaître qu’il était prêt à entrer en arran- j gement. Il demandait une trêve de deux heures; il promettait d’évacuer tout le terrain qu’il occupait hors des barrières, et s’engageait , l’armistice expire? à souscrire à la reddition de la capitale. Les coalises acceptèrent avec d’autant plus d’empressement ces propiositions, qu’ils venaient d’apprendre la marche précipitée de Napoléon sur Troyes; dans quarantehuit heures, il pouvait être sur leurs derrières avec
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soixante mille hommes. Des officiers des deux armées furent envoyés sur toute la ligne pour faire, cesser les hostilités , et on négocia la capitulation.
A l’extrême gauche, le général Langeron, qui n’avait pas encore donné, jaloux de sa part de gloire, voulut avoir celle de conquérir Montmartre, malgré la suspension d’armes qui en stipulait l’évacuation. Ce point important, que l'Empereur avait ordonné de fortifier, n’avait aucun retranchement; il n’y avait que sept canons de six, et pour garnison qu’une centaine de vétérans et de conscrits, et deux cents sapeurs-pompiers.
Cette journée fatale coûta environ quatre mille Itommes tués, blessés ou pris. La garde nationale eut trois cents tués et le double de blessés. On perdit cinquante-trois pièces de batteries immobiles et une partie de celles des deux corps d’armée. Les soixantedouze pièces de la garde nationale furent remises à l’ennemi. L’armée coalisée perdit près de dix-huit mille hommes; les huit bataillons de la garde prussienne perdirent à eux seuls treize cent cinquantecinq hommes, dont soixante-neuf officiers.
Après la suspension d’armes, Marmont rentra chez lui : une vingtaine de personnes y étaient réunies ' . On discuta sur ce qu’il y avait à faire ; on opina de capituler pour sauver Paris. Le préfet dit qu’il irait dans la nuit, avec le corps municipal, au quartier général des alliés. On décida que la France
^ Le préfet C habrol» Bourienne, etc.
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était lasse du joug de Napoléon. On prononça nom des Bourbons. Un aide-de-camp de l’Empereui' arriva au milieu de la discussion , il venait de Fromanteau; il témôigna son indignation à la seule idée de capituler; il annonça la prochaine arrivée de l’armée sur Paris : on ne persista pas moins à en finir.
Une autre réunion se tint chez Talleyrand. Là se trouvaient le duc de Dalberg, le sénateur Jaucourt, les abbés Louis, de Pradt, Montesquieu. On y discuta la forme du gouvernement; la légitimité y fut adoptée en principe et le rappel des Bourbons arrêté. Les préfets de Paris, Chabrol et Pasquier, se rendirent, dans la nuit, au quartier général des souverains, pour les prier d’épargner la ville, ils le promirent. Les deux préfets étaient en pleine défection.
En discutant les bases de la convention, les coalisés prétendirent que l’armée se rendit : les débats furent animés; elle fut enfin rédigée et signée à deux heures du matin *. Elle portait :
I” Les corps des maréchaux ducs de Trévise et de Raguse évacueront la ville de Paris, le 3i mars, a sept heures du matin ; ils emmèneront le matériel
de leur armée; 3“ les hostilités ne pourront recommencer que deux heures après l’évacuation de Pans, c’est-à-dire à neuf heures; 4“ tous les arsenaux,
‘ Par les colonels Fabrier et Denis, aides-de-camp de Marmont. Mortier n’y fut pas représenté.