‹ Le Consulat et l'EmpireChapitre 280 sur 300 · CHAPITRE CI. 63g · texte numérisé non relu

CHAPITRE CI. 63g

Dès que les barrières furent ouvertes, le ministre de Russie , Nesselrode , se rendit chez Talleyrand, y marquer le logement de son maître , et poser les bases de la conférence qui aurait lieu après l’entrée des souverains.

Le peuple était dans la atupeur ; il n’y avait plus ni administration ni police; le pavé était au premier occupant.

Vers onze heures , une bande de royalistes parut sur la place de la Concorde , et remonta les boulevards , agitant des mouchoirs blancs et criant : Vivent les Bourbons! aucun signe d’adhésion ne répondit à leurs cris. Le peuple resta calme , froid et silencieux, et se montra même, sur quelques points , menaçant pour les crieurs. La capitulation était hautement traitée de trahison. Dans les faubourgs on criait : Vive V Empereur! La garde nationale conservait les couleurs nationales et maintenait l’ordre.

A midi , l’empereur de Russie , le roi de Prusse et le généralissime Schwarzenberg entrèrent dans Paris , avec les gardes russe et prussienne , et les réserves , et défilèrent depuis la porte Saint-Martin , par les boulevards , jusqu’aux Cbamps-Élysées. Attiré

' Vauvineux, Thibaut de Montmorency, Gustave d’Hautefort, le chevalier Dutheil , Charles de Crisnoy , César de Choiseul . Eaferté- Meun , Le duc de Mouchy , le duc de Fitzjames , Florian de Kergorlay, vicomte de Châteaubriand , Maurice d’Adhémar, SosthènesLi Roche, foucaud , le doc de Luxembourg , le doc de Crussol , Doudeaoville , le comte de Froissard , le vicomte Dubois de la Motte, le vicomte Malartic, Charles de Bethysi , le marquis de Pimodan, Alexandre de Mazancoort.

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par la curiosité à un spectacle si nouveau, le peuple gardait un triste et morne silence. Quelques royalistes , formant escorte à Alexandre , leurs femmes surtout, les femmes dites de bonne compagnie, faisaient retentir l’air de leurs acclamations , agitaient leurs blancs mouchoirs, présentaient des couronnes aux Kalmouks et aux Tartares , se jetaient à leur tête et baisaient leurs bottes. Paris, la France, aucune capitale vaincue en Europe, n’avaient jamais été le théâtre d’une aussi impie saturnale, d’une orgie aussi lâche. Rien ne ressemblait moins à un vœù populaire.

Alexandre descendit chez Talleyrand. Le sénateur Beurnonville , ancien ambassadeur à Berlin , fut placé auprès du roi de Prusse , et le duc de Dalberg auprès deSchwarzenberg. Lorsque par cette manœuvre , Talleyrand se fut concerté avec la Russie , la Prusse et l’Autriche, on s’assembla chez lui en conseil. Là se trouvaient l’empereur Alexandre, le roi Frédéric -Guillaume, Schwarzenberg , Lichtenstein, Nesselrode, Pozzo-di-Borgo ; la France y était représentée par Dalberg et Talleyrand, que devaient appuyer , au besoin , des royalistes , conspirateurs secondaires, apostés ou accourus dans les antichambres.

Par, tant de ce qui avait déjà été convenu entre Talleyrand et Nesselrode , Alexandre dit qu’il J avait à choisir entre trois partis : i° faire la paix avec Napoléon , en prenant toutes les sûretés contre lui; établir la régence; 3'’ rétablir la maison de Bourbon.

CHIPITRE, CI.

Talleyrand s’attacha à faire ressortir les inconvéniens des deux premières propositions, et à les ruiner dans l’esprit du conseil, ce qui n’était pas difficile. Il passa ensuite aux avantages de la troisième, la seule qui convînt et fût desirée. D’accord sur les contienances, on éleva des doutes sur l’existence du désir. On n’en avait pas trouvé la manifestation sur toute la route traversée par les alliés; au contraire, la population s’était prononcée d’une manière hostile. On opposait la résistance de l’armée , qui se retrouvait au même degré dans les troupes de nouvelle levée et dans les vétérans. Le rappel de la maison de Bourbon paraissait donc contrarié par les dispositions d’un très grand nombre de personnes.

Alexandre demanda à Talleyrand quel moyen il se proposait d’employer pour arriver à son but. Il répondit, par le concours des autorités, qu’il se faisait fort du sénat, et que Paris et la France suivraient. Pour faire cesser l’indécision, il s’étaya du témoignage de l’abbé Louis et de l’évéque de Pradt , et , »avec la permission d’Alexandre , ils furent introduits dans le conseil. L’empereur dit qu’il ne faisait pas la guerre à la France, et que ses. alliés et lui ne connaissaient que deux ennemis , l’Empereur Napoléon et tout ennemi de la liberté des Français; qu’ils étaient parfaitement libres; et s’adressant aux deux abbés, qu’ils n’avaient qu’à faire connaître ce qui leur paraissait certain dans les dispositions de la nation , et que son vœu -serait soutenu par les forces

des alliés. L’abbé de Pradt éclata par la déclaration qu’ils étaient tous royalistes, et que le France l’était comme eux. «Eh bien , dit alors Alexandre, je déclare que je ne traiterai plus avec j’Empgieur Napoléon,» et sur une observation de Tl^ÿrand , il ajouta « ni avec aucun membre de sa famiile ». Le roi de Prusse et Schwarzenberg, consultés pôur la forme, donnèrent leur assentiment.

Cette décision fut rédigée de suite en forme de déclaration ; dans moins d’une heure elle fut imprimée et affichée. Elle était ainsi conçue :

Les armées des puissances alliées ont occupé la capitale de la France. Les souverains alliés accueillent le vœu de la nation française. Ils déclarent :

Que si les conditions de la paix devaient renfe^ mer de plus fortes garanties , lorsqu’il s’agissait d’encbainer l’ambition de Bonaparte , elles doivent être plus favorables lorsque, par un retour vers un gouvernement sage, la France elle-même offrira l’assurance du repos.

Les souverains proclament en conséquence , qu’ils ne traiteront plus avec Napoléon Bonaparte, ni avec aucun membre de sa famille.

Qu’ils respectent l’intégrité de l’ancienne France, telle qu’elle a existé sous ses rois légitimes. Ils peuvent même faire plus , parce qu’ils professent toujours le principe que , pour le bonheur de l’Europe, il faut que la France soit grande et forte.

Qu’ils garantiront et reconnaîtront la constitution que la nation française se donnera. Ils invitent,

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