CHAPITRE CI
par conséquent, le sénat à désigner sur-le-champ un gouvernement provisoire’, qui puisse pourvoir aux besoins de l’administration , et préparer la constitution qui conviendra au peuple français.
Les intentions que je viens d’exprimer, me sont 'communes avec toutes les puissances alliées.
Paris, le 3i mars i8i4, trois heures après midi.
Signé Alexandre.
Dans l’ivresse du triomphe, des agens secondaires se sont persuadés que leur voix avait décidé de la ruine de l’Empereur, dont ils étaient les serviteurs obséquieux. Il faut plaindre leur fatuité. Mais on ne croira jamais que l’empereur de Russie fut assez étourdi pour se laisser entraîner, par l’assertion de deux abbés, à la proscription de la dynastie napoléonknne; c’était un parti pris avant son entrée à Paris. Qu’on se rappelle sa conversation à Troyes avec le général Reynier, et tous les actes de la coalition. Dans CO drame, Alexandre joua le rôle sérieux , et ceux qui se flattaient de l’avoir mené jouirent celui d’instrumens et de niais.
Dans tous les cas, l’empereur de Russie mentait sciemment , en disant que les souverains alliés accueillaient le voeu de la nation françaiee. La France n’avait pas parlé, et la poignée d’intrigans qui s’étaient vautrés au-devant de l’étranger n’étaient rien moins que la nation française.
Exclusive de la dynastie impériale, ia déclaration de l’empereur Alexandre ne s’expliquait , cependant
644 EMPIRE. A.JÜ 1814.
pas tout -à-fait sur ce qui la remplacerait. Elle le fai* sait assez comprendre par ces mots: Retour àunÿouvemement sage. Le prince Schwarzenberg avait articulé expressément au duc de Dalberg , que lui et Metternicb pensaient que la continuation de l’existence souveraine de Napoléon en France était incompatible avec le repos de l’Europe , et que , Napoléon vivant , il n’y avait rien de mieux à faire que de se fixer au retour de l’ancienne dynastie. C’était la pensée de l’Autriche; Schwarzenberg en avait assez clairement pris l’initiative dans sa proclamation du 29 mars, en présentant aux Parisiens l’exemple de Bordeaux. Nesselrode venait de l’adresser au préfet de police, Pasquier, en lui ordonnant de la faire insérer dans les journaux , de l’afficher aux coins des rues , en un mot , de lui donner immédiatement la plus grande publicité. Enfin, à peine les coalisés étaient entrés à Paris , que, par ordre de son maître, le même ministre écrivait encore au préfet de police de rendre à la liberté tous les individus qui, par hur attachement d leur ancien et légitime souverain, avaient été détenus, et de faire insérer sa lettre dans les journaux, évidemment pour préparer le public au retour des Bourbons.
Cela ne suffisait pas aux royalistes, ils étaient pressés , impatiens. Le 3 1 au soir, ils se réunirent et allèrent porter à Nesselrode le vœu unanime de
I Cb«z le comte de Morfontaine. Là se trouvaient Soslliènes La chefourault, César de CboisenI, Ferrand, Cbâteaubriant.