CHAPITRE Cr
Paris et de la France pour le rappel des Bourbons. Le ministre russe, s’inquiétant fort peu du défaut de caractère de ces ambassadeurs, leur promit, au nom de son maître, le rétablissement de leurs idoles. Seulement Alexandre et Talleyrand, les grands directeurs de l’entreprise, voulaient que les Bourbons parussent n’être pas imposés par l’étranger, mais, au contraire, appelés par le vœu de la France.
On se gardait bien de prendre les moyens de le connaître; il ne s’agissait que de chercher un organe qui le supposât et qui osât l’exprimer. Il n’y avait plus de discussion possible ; tout ce qui aurait pu contredire était dispersé , ou cherchait à se sauver dans le naufrage de l’Empire. Les royalistes avaient le champ libre, sous la protection des baïonnettes étrangères; seuls ils avaient et la parole et la liberté d’action.
Il ne s’était trouvé qu’un homme pour soutenir la cause de Napoléon, c’était Caulaincourt. Dans la nuit du 3o au 3i, il était parvenu jusqu’à l’empereür Alexandre, qui l’avait ajourné après son entrée à Paris : la cause était donc jugée et perdue. Quand il put se faire entendre, il se rabattit sur la régence, on parut l’écouter, il se flatta de quelque espoir. ‘
’ Sa démarche fut alnai annoncée dans le Moniteor : Le duc de Vicence s’étant présenté auprès des souverains alliés , n’a pu parvenir à s’en faire écouter ; ses propositions n'étaient pas celles que les puissances avaient droit d’attendre, surtout d’après la manifestation éclatante des sentimens des habitans de Paris et de tonte la France. En
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Le conseil départemental et municipal de Paris, kous la présidence de Bellart, prit, dans une proclamation, l’initiative du rappel des Bourbons, qu’il appelait ses maitrea légitimes.
Talleyrand s’était fait fort du sénat : l’empereur de Russie l’avait , par sa déclaration , invité à désigner un gouvernement provisoire; il restait à le mettre en mouvement. Par ce qui s’était passé dans la réunion officieuse de sénateurs, le a8 mars, il avait été facile de juger qu’ils abandonnaient Napoléon , qu’ils feraient bon marché de sa dynastie , et qu’on les mettrait dans la nécessité de rappeler les Bourbons. Le ag, ils avaient encore eu une assemblée chez Lambrechts, et, le 3o, au palais même du sénat. Cependant ils voulaient, avant tout, la liberté par la monarchie constitutionnelle et représentative. Ils entendaient que tout fut subordonné à cette pensée.
Talleyrand convoqua le sénat : il se composait de cent quarante membres, dont six de la famille impériale et vingt-sept étrangers à l’ancienne France. Le !**■ avril, environ trente membres répondirent a l’appel. Talleyrand ouvrit leur séance par une allocution courte , froide et vague, dont le seul but était de les engager à ne pas laisser passer la journée, sans avoir établi un gouvernement. Après une légère discussion , les sénateurs arrétèient qu’il serait
conséquence, le duc de Vicence s’est remis en route pour se rendre ><i quartier général de Napoléon.
cuàpithe ci.
nommé un gouvernement provisoire , de cinq mein' bres, chargé de pourvoir aux besoins de l’administra* tion , et de présenter un projet de constitution. Ils ao ceptèrent la liste faite d’avance, et nommèrent de suite Talleyrand, Beumonville, Jaucourt, le duc de Dalberg, et l'abbé de Montesquieu : quatre hauts fonctionnaires traîtres à l’Empire, et un commissaire du comte de Lille.
Talleyrand dit qu’un des premiers soins du gou^ vernement provisoire devant être la rédaction d’un projet de constitution : lorsqu’il s’en occuperait , il en donnerait avis au sénat, qui était invité à concourir de ses lumières à la perfection d’un travail si important. Le vague de ces expressions semblait réduire le sénat à tm simple rôle consultatif. Des sénateurs exigèrent qu’il fut posé des bases, et quelles fissent partie de l’adresse que publierait le gouvernement provisoire, pour notifier sa création au peuple français. Il fut donc arrêté en principe : i°que le sénat et le Corps-Législatif seraient déclarés parties intégrantes de la constitution, sauf les modifications qui seraient jugées nécessaires pour assurer la liberté des suffrages et des opinions; a“ que Farmée, ainsi que les militaires en retraite, veuves et officiers pensionnés, conserveraient leurs grades, honneurs et pensions; 3“ qu’il ne serait porté aucune atteinte à la dette publique; 4“ c[ue les ventes de domaines nationaux seraient irrévocablement maintenues; 5“ qu’aucun Français ne pourrait être recherché pour les opinions politiques qu’il avait pu
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émettre; 6“ que la liberté des consciences serait maintenue et proclamée, ainsi que la libetté de la presse; 7“ enfin qu’il serait énoncé dans l’adresse du gouvernement provisoire , que le projet de constitution ne porterait aucune atteinte à ces bases.
La séance fut prorogée à neuf heures du soir, pour obtenir un plus grand nombre d’adhérens; néanmoins on expédia de suite l’extrait du procèsverbal portant nomination du gouvernement provisoire. '
A la fin de la journée, le procès-verbal fut revêtu de soixante-deux signatures , parmi lesquelles douze de sénateurs des départemens réunis , celles de la minorité patriote, Lambrechts, Grégoire, Garat, Lanjuinais, Volney, Destutt de Tracy, toutes les autres d’impérialistes très dévoués.
Le gouvernement provisoire s’organisa ; nomma pour son secrétaire Dupont de Nemours, et Laborie, adjoint. Il composa ainsi son ministère : le général Dupont à la guerre, Beugnot à l’intérieur, Henrion de Pansey à la justice, Laforêt aux affaires étrangères, Louis aux finances, Malouet à la marine, Anglès à la police ; Bourienne s’empara de la direction générale des postes; le commandement en chef de la garde nationale de Paris et du département de la Seine fut conféré au général Dessoles ( 2 avril ); Pasquier resta préfet de police; Chabrol préfet de la Seine. Pour ridiculiser au moins la Légion-d’Honneur, on en nomma l’abbé de Pradt grand-chancelier (6 avril ).