CHAPITRE CI
tore l’ambitieux Napoléon. On afficha, dans Paris, la proclamation que le comte d’Artois avait faite à Vesoul.
Lorsque les premières autorités abjuraient toute pudeur et tout sentiment national, il ne faut pas s’étonner que la faction royaliste prostituât la dignité et l’honneur de la France aux pieds de l’étranger et la traînât dans la boue. Dès le 3i mars elle voulut, sur les cadavres encore sanglans des défenseurs de Paris, faire jouer à l’Opéra le Triomphe de Trajan; l’empereur de Russie ne le permit pas. Le 3 avril, sur le même théâtre, on chanta, par ordre du gouvernement provisoire, des couplets à la gloire d’Alexandre et à celle de Frédéric-Guillaume, présens; et les royalistes d’éclater en acclamations et en hurlemens. Sur tous les théâtres même scandale. On jetait des couronnes aux cosaques; de grandes dames se disputaient la faveur de les posséder dans leurs salons et dans l’intimité de leurs boudoirs. Un officier, Maubreuil, poussa le délire de l’impudeur jusqu’à traîner, dans les rues, sa croix de la Légion-d’Uonneur, attachée à la queue de son cheval. Les plus sanglans outrages étaient prodigués aux images de Napoléon. Des royalistes, à la tête desquels étaient un Montmorency et un La Rochefoucauld , voulurent renverser de la colonne de la place Vendôme sa statue, pour la traîner dans la boue. Ils lui passèrent un câble au cou : on y attela vingt-quatre chevaux, leurs efforts furent impuissans. On appela des ouvriers serruriers, ils essayé-
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rent Je la scier au-dessus des chevilles, elles étaient pleines, ils y renoncèrent. Les royalistes ne parlaient de rien moins que de faire sauter la colonne avec la mine; ce fut un général russe qui s’y opposa. On fit publier que la colonne était sous la sauve-garde de la magnanimité de l’empereur AJexandre et de ses alliés ; que la statue qui la surmontait ne pouvait y rester; qu’elle en descendrait pour faire place à celle de la Paix.
Alarmé des murmures publics , mais voulant satisfaire la fureur des royalistes et sa propre haine, le gouvernement provisoire publia un arrêté pour régulariser ces profanations. Il ordonna que tous les emblèmes, chiffres, armoiries qui avaient caractérisé le gouvernement de Bonaparte , seraient supprimés et effacés partout où ils pouvaient exister; que cette suppression serait exclusivement opérée par les personnes déléguées par les autorités de police ou municipale, sans que le zèle individuel d’aucun particulier pût y concourir et les prévenir; qu’aucune adresse, proclamation, feuille publique ou écrit partfculier ne contiendrait d’injures ou expressions outrageantes contre le gouvernement renversé, la cause de la patrie étant trop noble pour adopter aucun des moyens odieux dont il s’était servi.
Sur l’offre de M. de Montbadon de faire descendre, à ses frais, la statue de la colonne par le fondeur Launay, le comte de Rochecbouart, colonel aidede-camp de l’empereur de Russie et commandant