‹ Le Consulat et l'EmpireChapitre 4 sur 300 · CHAPITRE LXXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXX

travail; Le gouvernement fut obligé de. prendre des mesures extraordinaires dans toute la France. Les sociétés libres de bienfaisance reçurent des fonds pour concourir avec les autorités au soulagement des pauvres. Ce fut encore une occasion pour les flatteurs d’encenser le pouvoir. À. l’assemblée de la société philanthropique de Paris , son président , le sénateur Pastoret, dit de l’Empereur: « Heureux aujourd’hui de pouvoir faire entendre avec quelque solennité notre dévoûment et notre reconnaissance ! au milieu de tant d’éclatans hommages dont son trône est environné, il ne dédaignera pas l’humble tribut du pauvre; et quand du Tibre au Nil, du sommet des Cordillères au fond des forêts de la Dalécarlie, tout parle de sa gloire, nous, ne nous occupant que de ses bienfaits, organes des malheureux, nous dirons: il nous aima, il nous secourut; que son nom soit à jamais béni dans la cabane du pauvre, comme il est honoré et respecté dans le palais des rois ! »

Une distribution journalière et gratuite de deux raillions de soupes dites à la Rumfort, fut ordonnée à compter du i'’’ avril jusqu’au i" septembre. Elles devaientétrecomposées d’une telle quantité de légur mes, que deux soupes fussent équivalentes au moins à une livre de pain. Cette quantité de soupes fut répartie entre les départemens , et par les préfets entre les cantons. Une somme de aa , 5oo , ooo francs , présumée nécessaire pour subvenir à cette dépense, fut mise à la disposition des préfets. Ce fonds se com-

lO EMPIRE. — AH 1812.

posait de ce qui restait disponible sur les budgets des communes , sur le vingtième affecté aux com- ]>agnie8 de réserve, sur le fonds de non-valeur, sur les centimes variables et facultatifs ; d’un emprunt que les communes feraient à la caisse d’amortissement, égal au quart du produit net de leur octroi ; enfin d'une addition de nouveaux centimes sur les contributions directes votés par les conseils généraux de départemens.t-

Ces mesures n’étaient que de faibles palliatifs. Le gouvernement en adopta qu’il jugea devoir être plus efficaces; il se trompa, il aggrava le mal au lieu de le guérir.

Partant du fait, vrai ou supposé, que les grains existans dans toute l’étendue de l’Empire formaient une masse, non-seulement égale, mais supérieure à tous les besoins , il attribuait la pénurie des subsistances aux entraves apportées à la circulation par les achats surabondans que faisaient par précaution les consommateurs, à la lenteur avec laquelle les cultivateurs approvisionnaient les marchés , aux spéculations du commerce et des capitalistes, pour emmagasiner et provoquer la hausse du prix. Pour faire cesser ces calculs de l’intérêt personnel , qui ii’étaient plus légitimes dès qu’ils compromettaient la subsistance du peuple , il fut enjoint à tout individu, faisant le commerce des grains, d’opérer publiquement, et après en avoir remis sa déclaration

* Décret du s4 mars.

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au préfet ou au sou&rpréfet. Il fut défendu de faire aucun achat ou approvisionnement pour les garder en magasin , comme objet de spéculation. Tout fermier, cultivateur ou propriétaire, ayant des grains en magasin, fut tenu de les déclarer à l’autorité, et de les conduire aux marchés qui leur seraient indiqués. Il fut défendu d’en vendre ou acheter ailleurs. Pendant la première heure , i les habitans et boulangers pouvaient seuls acheter pour la consommation, les commissionnaires et commerçans ne pouvaient acheter qu’après. »

Ces mesures n’ayant pas empêché la hausse des prix, on en vint à établir un maximum. On allégua que les propriétaires , fermiers et marchands, de six départemens centraux de l’Empire, s’étaient engagés à en approvisionner les marchés à 33 francs l’hectolitre, prix le plus haut auquel le blé s’était élevé dans les années les moins abondantes, notamment en I an x , où l’on avait à pourvoir, par des achats journaliers, aux besoins de la capitale, dont mainte- »»ant l’approvisionnement était entièrement assuré jusque après la récolte. Ce prix fut adopté pour régulateur dans tout l’Empire. Il fut défendu de vendre des blés dans les marchés des départemens de la Seine, Seine-et-Oise, Seine-et-Marne, Aisne, Oise, Eure-et-Loir, à un prix excédant 33 francs l’hectolitre. Dans les départemens où les blés récoltés et existans suffisaient aux besoins, les préfets devaient

' Décret du 4 mai. , , . i ‘

tenir ta main à ce qu’ils ne fussent pas vendus audessus de ce prix. Dans les départemens qui s’approvisionnaient hors de -leur territoire, les préfets devaient faire la fixation du prix des blés, conformément aux instructions du ministre du commerce, et prenant en considération les prix de transport, et les légitimes bénéfices du commerce ; cette fixation était obligatoire jusqu’à la récolte.'

Le gouvernement impérial s’embarrassa donc tlans les mauvaises voies qu’on avait tant reprochées à la Convention nationale. Le principal but de cette mesure était l’approvisionnement de Paris, qui était loin d’être assuré, comme on l’avait dit dans les motifs du décret. Dans les départemens environnant la capitale, on forçait les propriétaires à porter leur blé sur les marchés pour les vendre à la taxe; et des agens achetaient à tout prix dans les greniers pour Paris. La circulation et le commerce étaient arrêtés. On organisait ainsi la famine dans des contrées où il n’y avait pas disette. La plupart des préfets firent exécuter le maximum, et augmentèrent leurs embarras. Qui aurait o§é laisser de côté un décret impérial! Il y en eut pourtant, mais en très petit nombre, qui l’osèrent : ceux-ci, sans nager dans l’abondance, avaient le nécessaire; les autres, affamaient leurs départemens. Partout on en vint à laisser tomber le maximum en désuétude ; on ferma les yeux. Le prix de l’hectolitre de blé qui, prix moyen, était

' Décret du 8 mai.

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