CHAPITRE LXXXII
Cette courtoisie n’était plus de saison : la guerre était devenue nationale ; la populationi entière désertait ses foyers et tombait sur les fourrageurs.
Le ï“ septembre, l'armée’ traversa Gjatsk, et prit position en àvant de cette ville; Nt^léon y établit son quartier généraL Il<y apprit que l’armée russe avait un nouveau chef, le vainqueur des Turcs, le général Kutuaof , et qu’il s’apprêtait à livrer bataille. L’Empereur resta trois jours à Gjatsk, pour réunir tont ce qu’une longue route avait dispersé , connaître avec précision ses moyeais d’attaque, les compléter, reposer l’armée, et y rétablir l’ordre et la discipline. Il dicta une foule d’ordres et d’instiaictions; il réprimanda vigoureusement l’état-major sur le désordre de la marche encombrée par les voitures, et sur la débandade avec laquelle on allait aux vivres, qui Compromettait la sûreté des détâchemens et celle de l’armée; il écrivit aux commandans des corps de' rallier leurs troupes, d’annoncer aux soldats que le moment du combat approchait, et qu’il follait s’y préparer, de faire, le a, à la même heure, sur toute la ligne, l’appel des hommes présens et de le lui envoyer; de faire l’inspection des armes; au général Lariboissière de remettre l'état de l’at^ tillerie, et du nombre de coups qu’il pouvait tirer ; à l’intendant général de passer la revue des ambuhtices , et de dire combien de pansemens on pouvait faire. Cent soixante mille hommes avaient passé Smolensk; déduction faite des pertes , de ce qu’on avait laissé dans les places, et des divisions qui
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étaient encore en arrière , l’armée ne comptait que cent vingt mille combattans.
Le 4>elle se reporta en avant. Le 5 à deux heures après-midi on découvrit toute l’armée russe àBorodino où elle s’était retranchée. En avant de sa gauche, près du village de Schwardino, était une redoute qui empêchait de reconnaître la position principale et de l’aborder. La division Compans fut chargée de l’attaquer et l’enleva de la manière la plus brillante.
Le 6, à la pointe du jour, Napoléon était à cheval pour bien reconnaître la ligne ennemie et le terrain sur lequel on allait opérer. Il fut interrompu par l’arrivée de deux courriers. Le colonel Fabvier apportait de mauvaises nouvelles d’Espagne où Marmont avait perdu la bataille de Salamanque. Le préfet du palais de Bausset apportait des lettres de Marie-Louise et le portrait du roi de Rome peint par Gérard. Il était représenté à demi-couché dans son berceau se servant comme de hochets d’un sceptre et d’un globe. Napoléon contempla avec attendrissement les traits de son fils , appela ses officiers, des généraux, et leur dit : « Messieurs, si mon fils avait quinze ans, croyez qu’il serait ici au milieu de tant de braves autrement qu’en peinture. » Il fit placer le portrait en dehors de sa tente sur une chaise, il y resta tout le jour.
En examinant le terrain , il fut reconnu que trois flèches couvraient la gauche des Russes vers Semenofskoié; qu’une grande redoute bastionnée avait été tracée au centre, sur la hauteur entre ce village
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