‹ Le Consulat et l'EmpireChapitre 31 sur 300 · CHAPITRE LXXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXXII

et Borodino; enfin que plusieurs redans couvraient la droite jusque vers la Moskowa.

Barclay, avec trois corps d’infanterie et un de cavalerie, formait la droite depuis la grande redoute bastionnée jusqu’à la Moskowa; elle était coupée en deux par le ravin de Gorki. Bagration, avec les 7* et 8‘ corps, formait la gauche depuis la grande redoute ’ jusqu’à un bois taillis entre Semenofskoié et Oustiza.

L’Empereur fit en conséquence ses dispositions d’attaque. Il résolut de faire gagner la vieille route de Moscou par son extrême droite sous Poniatowski, de faire accabler la gauche des Russes par Davoust et Ney, 'et de refouler ainsi leur centre et leur droite dans la Moskowa, tandis que le vice-roi contiendrait cette partie de l’armée ennemie.

Ces dispositions étaient motivées sur ce que la position de l’ennemi avait de défectueux à sa gauche; mais il parait quelle fut rectifiée dans la soirée. L’Empereur changea aussi d’avis sur la destination du vice-roi , auquel il réserva une coopéra- ' tion plus active, en le chargeant d’attaquer le centre de l’ennemi, tout en couvrant par sa gauche la grande route de Gjatsk à Moscou. U le renforça à cet effet de deux divisions de Davoust. Ce maréchal réclama, il était d’avis de i commencer la bataille en s’établissant perpendiculairement sur l’extrémité de l’ennemi; si on lui laissait ses divisions et même Poniatowski, il, se flattait de tourner l’aile gauche des . Russes et de les culbuter, tandis que l’Empereur occuperait leur front. Quoique le plan parût bon, il ne

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l’adopta pas, par la crainte que lestasses, se voyant menacés d’être coupés , évitassent encore la bataille ec se retirassent par le chemin de Mojaïsk. 11 persista donc à attaquer la ligne ennemie en échelons par la droite. Il disposa ses masses et donna ses instructions.

Rien ne vint troubler le calme de cette journée. Seulement, pour électriser ses troupes, Kutusof fit porter en procession dans tous les rangs une image de la Vierge, réputée miraculeuse, qui avait été sauvée de Smolensk.

Le 7, aux premiers rayons du jour. Napoléon sortit de sa tente. « Il fait un peu froid, dit-il aux officiers déjà rassemblés; mais voilà un beau soleil, c’est le soleil d’Austerlitz, s A cinq heures il mcmta à cheval et se porta au galop sur la droite. La garde se mit en mouvement pour le suivre. Toute l’armée prit les armes. Les capitaines lurent à leurs compagnies l’ordre du jour suivant :

Soldats,

« Voilà la bataille que vous avez tant desirée. Désormais la victoire dépend de vous ; elle nous est nécessaire ; elle nous donnera de l’abondance, de bons quartiers et un prompt retour dans la patrie. Conduisez-vous comme à Austerlitz , à Friedland , à Witepsk, à Smolensk, et que la postérité la plus reculée cite avec orgueil votre conduite dans cette journée; que l’on dise de vous: « U était à celte grande bataille dans les plaines de Moscou ! •

■ A cette lecture éclatèrent des cris mille fois répétés de vive l’Empereur.

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CUAPITUK LXXXll.

Napoléon se plaça en î^vant de la redoute de Schwardino, enlevée aux Russes le 5. De cette hauteur sa vue embrassait leur ligne à environ huit cents toises, la grande redoute qui couvrait leur centre, les ouvrages de Semenowskoié qui protégeaient leur gauche. La garde impériale , formée en carré, entourait la position choisie par l’Empereur.

Vers six heures du matin , l’artillerie se fit entendre, c’était le signal; les troupes se mirent en mouvement, Poniatowski pour tourner le bois auquel s’appuyait la gauche des Russes ; Davoust avec les divisions Compans et Desaix sur les flèches de Semenowskoié; le prince Eugène sur le village de Rorodino.

Le brigade Plauzolles, de la division Delzons, chargée de cette attaque, enleva le village malgré la résistance des chasseurs de la garde russe, et les rejeta au-delà de la Kolocza. Animé par cet avantage, le io6' régiment passa le pont pour les poursuivre, et donna sur le corps entier de Doctorof, qui le ramena avec perte. Victime de l’ardeur de sa troupe, Plauzolles fut tué dans cet engagement.

Compans était parvenu jusqu’à la flèche la plus voisine du bois et avait pénétré dans son enceinte , il fut blessé ; les généraux Desaix et Rapp , qui prirent successivement le commandement de sa division, et la ramenèrent à l’attaque , eurent le même sort. Davoust fut lui-même entraîné dans la chute de son cheval, frappé d’une balle. Le bruit de sa mort se répandit un instant; il en fut quitte pour une forte contusion, et resta à la tête de son corps. On conçoit que

les accidens, accumulés dans moins d’une heure, et les pertes éprouvées, par ces braves divisions, durent ralentir leurs mouvemens et y jeter de l’indécision.

Ney, à la tête de la division I^dru, se porta sur la même redoute, et, secondé par les troupes de Compans, il y entra par la gauche pendant qu’elles y pénétraient par la droite.

La division Razout attaqua la troisième' flèche. Une charge de cuirassiers russes l’arrêta.La cavalerie ^ de Bruyères la dégagea; Razout se précipita sur les retranchemens et y pénétra.

Dès que Rutusof avait vu les masses dirigées contre sa gauche, il avait ordonné à sa droite de marcher pour la soutenir. A neuf heures le corps de Baggawout dépassait déjà la hauteur deSemenowskoië; une de ses divisions marcha à Oustiza, l’autre se jeta dans le taillis.

Junot se déploya derrière Ney et engagea sa première ligne. Le maréchal lança sur l’ennemi la droite de la sienne. La seconde ligne des Westphaliens reçut l’ordre de pénétrer dans le taillis qui séparait Davoust de Poniatowski. Ils furent repoussés par la cavalerie de Galitzin et la division Eugène de Wurtemberg.

Pour donner à tous les renforts tirés de la droite le temps d’arriver, Bagration sentit qu’il importait de prolonger la résistance. Toute la ligne ennemie marcha de nouveau sur Ney et Davoust. Une des redoutes fut reprise. Murat fut forcé de se réfugier'

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