CHAPITRE I.XXXlf
répond : avant la conquête de. la grande redoute, la position des Russes était encore trop forte pour hasarder la réserve. Napoléon dit que rien n’était ■ encore assez débrouillé , qu’il voulait voir plus clair sur son échiquier. Après la conquête de la redoute, on y voyait plus clair sans doute. Cependant on ne connaissait pas encore d’une manière assez précise les ressources qui restaient à l’ennemi ; il était adossé à sa capitale, il pouvait recevoir des renforts. Napoléon se trouvait à une grande distance des siens. L’Europe était entre lui et la France. On, devait conserver au moins cette poignée de soldats. S’il y avait le lendemain une seconde bataille, et il est certain que Kutusof eut un instant l’intention de l’accepter, avec quoi la livrerait-on ? Enfin , a-t-on ajouté , si la garde avait été entamée à la bataille de la Moskowa, l’armée française, dont cette garde forma constamment le noyau et soutint le courage . pendant la retraite, n’aurait pu que difficilement ramener ses débris au-delà du Niémen.
L’attitude de Napoléon pendant la bataille a été ’ l’objet de beaucoup de critiques et de conjectures peu bienveillantes. C’était , suivant l’historien Ségur, une triste résignation, un calme lourd, de l’appesantissement, de l’immobilité. Gourgaud a vengé l’Empereur en. rappelant son attention suivie aux divers mouvemens de la bataille, et les ordres multipliés qu’il donna. Tout le monde convient qu’il était ce jour-là fortement indisposé.
ITn témoin oculaire atteste que Napoléon , allant
et venant dans un petit espace , repoussait doucement les boulets ennemis qui venaient en. ^pirant roaler et s’arrêter à se» piecb , comme on écarte une pierre qui gêne dans une promenade.
Des esprits impartiaux conviennent que Fon ne retrouve pas dans cette bataille la n*ême rigueur de conception et surtout d’exécutian qui signale ks grandes) batailles des précédentes campagnes. La cause de l’excessive cireonspectimi de FEmpereur leur parait toute natoreile. Elle était dans les antécédens , dans tout ce qui avait précédé la bataille , dans la' situation respective des deux armée». Celle de Napoléon avait franchi 'huit cents Keues, souffert mille privahons ; eHe était composée de vingt peuples divers.', exposée à toutes les chances défavorables , si elle éprouvait un revers. L’armée russe était homogène, fortement disciplinée, combattant avec un enthousiasme religieux pour ses foyers; dans une retraite longue et pénible,, elle avait donné la , mesure de sa résignation et de son dévouaient. Enfin , lorsqu’une victoire , quoiqpie inconiplète , eowduisHit à Moscou ^ où l’on espérait trouver les résultats de la guerre, pourquoi s’exposer volontairement aux cons^uences de la journée de Pultava?
La bataille de la Moskowa est une des phis sanglantes qui aient jamais été Hvrées. D’après les calculs les plus ajqiToximatifs de la vérité , et l’aveu de leurs propres historiens, les Russes eurent environ cinquante mille hommes hors de combat, sa-
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